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CHAMPS D’OMBRE

« Il me faut le cacher au plus intime de mes veines
L’Ancêtre à la peau d’orage sillonnée d’éclairs et de foudre
Mon animal gardien, il me faut le cacher
Que je ne rompe le barrage des scandales… »

Léopold-Sédar SENGHOR.

Extrait de « TOTEM » In « Chants d’Ombre »

 

Que me pardonnent optimistes citoyens, fervents militants, braves travaillistes, résistants communistes, affidés socialistes, activistes malséants, intellectuels constipés, obsolescents avocats, artistes incultes, hommes de paille, politiciens de pacotille qui ne reculent devant rien, même pas un lieu-commun. Sans doute ai-je tort ou alors suis-je hypermétrope pour ne point croire au sauveur qui a assez de pain pour toutes les bouches, du travail pour tous les sénégalais sans occupation, du crédit pour tous les projets, des solutions pour toutes les souffrances, qui satisfait tous nos besoins, corrige toutes nos fautes, et nous dispense désormais de prudence, de jugement, et d’actions.

 

Qu’on eût me parler de rétablissement des valeurs républicaines et de rupture, que j’eusse affiché un large sourire. Qu’eussent m’accompagnés Koras et Balafons que je psalmodie son engeance, j’aurais entonné par les proches de la première servante notamment Abdou Aziz Ndiaye, son tailleur, nommé au conseil économique social et environnemental ; Souleymane Ndiaye, le beau-père de sa sœur, ministre conseiller ; Khalifa Gueye, époux de sa meilleure amie, ramené de la retraite puis nommé président du comité de surveillance de la direction de la statistique.

 

Comme Farba NGOM, son griot devenu député, j’aurais énoncé ses cousins Ibahima Sall, chargé de missions à la présidence ; Diagué Sall, Président de Conseil d’Administration ; Samba Sall, ministre conseiller ; Abdoulaye Timbo, Directeur Général du FNPJ ; Harona Timbo, ministre conseiller ; Abdourahmane Ndiaye et Boubacar Siguiri Sy, conseiller spécial. J’aurais épelé ses beaux-frères Mansour et Adama Faye, respectivement délégué à la solidarité nationale et chargé de mission à la présidence. J’aurais cité son oncle Djibo Sall, PCA ; son beau-frère Daouda Faye, ministre conseiller ; ses belle-tantes Sira Diallo et Mame Anta Coulibaly Diallo, respectivement ministre conseiller et ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Sénégal au Burkina Faso.

 

J’aurais évoqué son beau-père Abdourahmane Seck, PCA de la PETROSEN titulaire de 119 ha à Bambilor, gracieusement mis à disposition par l’Etat du Sénégal. Sans oublier son frère Aliou Sall, le journaliste à la tête des ressources pétrolières de notre pays, j’aurais parlé de Aïcha Gassama Tall, agent judiciaire de l’Etat et Ndeye Binta Gassama, conseillère spéciale ; de Amadou Diop, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire auprès du Roi Albert II de Belgique, époux de l’une des Gassama ; de Mamadou Gassama, président du Conseil de surveillance de l’ANAMO.

 

Et, son entourage ne serait pas en reste. J’aurais chanté les noms des frères, oncles cousins tantes et amis de ton entourage. J’aurais hélé Daouda Dia, questeur à l’assemblée nationale, petit frère dudit argentier Arouna Dia ; Amadou Diallo, consul du Sénégal à Paris, frère du ministre du Budget ; Khadidiatou Tall Diagne, ambassadeur du Sénégal à Tunis, sœur de Aminata Tall, présidente du conseil économique, social et environnemental.

 

Mais je n’ai ni balafon, ni koras pour chanter la déliquescence morale, culturelle, économique et politique qui enveloppent la gouvernance de Malacky le-Roi-Nègre. Et si malgré tout vous vous sentez encore d’humeur à ergoter, alors auparavant, posez-lui la question : si tant est qu’il est si angélique, pourquoi n’abrègerait-il donc pas la souffrance de tant de Sénégalais au lieu de s’adonner à tant de népotisme ?

 

Pierre Hamet BA

 

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MALACKY, LE ROI NEGRE

« Les voleurs de basse-cour le savent et le disent : Quand

on réussit un coup mirifique avec un second, on ne jouit

pleinement du fruit de la rapine qu’après avoir éliminé

ce second.  ». Ahmadou Kourouma.  

Extrait de « Allah n’est pas obligé ».

 

Fasciné par les lambris des palais et les sirènes du pouvoir, il a défendu Karim Wade soutenant que « ce n’est pas parce qu’on est fils d’un président qu’on ne peut pas travailler dans son entourage, c’est un faux problème » ; que « tout, dans la démarche du président Abdoulaye Wade, nous ancre profondément dans la République » ; que le Président Wade est « pour le Sénégal et l’Afrique, ce que Napoléon fut pour la France » ; que « Comme Roosvelt qui, en 1929, tira l’Amérique de la grande récession par la politique des grands travaux, le Président Wade a mis le Sénégal sur orbite, pour en faire un pays émergent ».

Tyrannique. Il a trahi Landing Savané ; injurié le doyen Mamadou Dia ; organisé le défilé ininterrompu de journalistes à la division des investigations criminelles ; ordonné la répression à la matraque électrique des marches de protestation ; dirigé l’arrestation musclée de Jean Paul Diaz et de son Fils ; envoyé Idrissa Seck en prison ; mis aux arrêts Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niass et Abdoulaye Bathily ; enjoint ses services de châtier Amath Dansokho ; menacé de bastonner le président d’un bureau de vote et réussi tout de même de force, contre toute valeur républicaine qu’il porte actuellement en bandoulière, à jeter son bulletin dans l’urne alors qu’il ne s’était pas muni de sa carte d’électeur. Nous sommes tous en danger.

Malacky. Bien sûr, nous l’avons mal acquis ! Nous ne voulions que nous débarrasser de son Maître qu’on croyait rapetisser notre condition sociale. Et le voilà, contre toute expresse attente sociale, qui ne s’occupe que de supposés biens mal acquis qu’il classe dans la catégorie des demandes sociales, comme si mettre ces gens en prison nous rassasie de toutes nos faims. Bien au contraire, l’incapacité de l’équipe gouvernementale à juguler la crise socioéconomique qui a porté le Roi Nègre au pouvoir édulcore désormais l’optimisme d’un Sénégal prometteur.

MaLAcky est mal parti. En une année, il a démenti, presque point par point toutes nos espérances. Toutes les structures, les actions et les personnes qui fondaient légitimement nos espoirs se sont délitées avec une rapidité déconcertante. Les mouvements citoyens et les partis politiques qui en étaient l’instrument se sont dilués dans le factionnalisme. Aux antipodes des espoirs placés sur le nouvel élan d’une renaissance nationale, Moi, le Sénégalais relève désormais les dangers qui le guettent. Il envisage dorénavant la possibilité que le Roi Nègre ne soit pas capable de développer une idéologie révolutionnaire et ne puisse pas mettre en place une organisation politique susceptible de porter la rupture tant attendue.

FAMINE. Pendant que le Roi Nègre, comme qui dirait le « général Koyaga » (Kourouma), demeure obnubilé à émasculer ses adversaires, les denrées de première nécessité se raréfient intensément, s’ils ne deviennent pas de plus en plus inaccessibles : accroissement du coût puis pénurie de gaz butane ; absence sur le marché de l’huile d’arachide dont on annonce le doublement du coût à l’achat ; augmentation du prix du riz ; raréfaction du poisson si indispensable au mets national, pour cause, le gouvernement a spolié nos ressources halieutiques en distribuant des licences de pêche à tout va et, la période de soudure, les inondations et les coupures intempestives d’électricité pointent à nouveau à l’horizon…

Faillite GENERALE ! Tout se passe alors comme si, des travers de ses prédécesseurs, le Roi Nègre n’a tiré aucune leçon prospective. En dehors d’une explication policière du passé, il ne semble avoir tiré aucune conséquence des échecs successifs, résultats de politiques inadaptées. Aucune action du gouvernement n’a encore permis d’établir qu’il tient à honorer ses engagements. Bien au contraire. Il déguerpit nos ateliers de fortune sans se soucier de l’impact de l’inactivité de la population active sur l’économie nationale. Il nous tient à la gorge comme si ce régime d’ascèse n’influait pas sur notre quotidien. Il jette les uns et les autres en prison pour donner l’impression d’avoir de la poigne, de respecter ses engagements. Or, nous le savons et nous en sommes de plus en plus convaincus, il ne s’agit là que d’une fioriture qui cache mal une déficience publique chronique.

DECEPTION. Là où nous nous attendions à une distinction d’avec les méthodes anciennes et rétrogrades de gouvernance, nous assistons à une rupture dans la continuité ; là où l’on s’attendait à l’augmentation de notre pouvoir d’achat par une baisse remarquable du coût exorbitant de la vie, il n’a fait que réviser le code général des impôts comme si nous étions tous des fonctionnaires ; là où nous nous attendions à des mesures tendant à résorber la demande sociale et à réduire drastiquement la pauvreté qui agit en nous comme une escarre, il nous a servi une traque qui n’a de finalités que politiques. A vrai dire, nous sommes déçus, outrés et maintenant plus impécunieux que jamais. Ce n’est pas inédit. Les « rois nègres », despotes installés au pouvoir par une puissance coloniale soucieuse de conserver le pied qu’elle avait presque fini de perdre dans son ancien empire, ne prospèrent que dans la faillite générale. C’est l’histoire d’un de ces pantins que Ahmadou Kourouma nous narre dans « En attendant le vote des bêtes sauvages ».

REVOLTE. Nos dirigeants, avec une énergie surprenante et destructrice, ont, en si peu de temps, reproduit jusqu’à la caricature les séries de clichés racistes et meurtriers dont les colonisateurs affublaient l’Afrique : nègre barbare, jouisseur, roitelet, nègre tyrannique, irrationnel, incompétent et donc, incapable de prendre son destin en main… Moi, le Sénégalais ne se nourrit pas de traque aux biens mal acquis. Enlèves-lui donc le pain de la bouche et il mourra pour son droit de vivre. Et c’est, en l’occurrence, ce qu’il va faire car le Roi-Nègre qui a presque fini de lui soustraire sa dignité, n’a de cesse de l’asséner de crimes.

COURAGE mes Frères et Sœurs, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Le combat sera rude. Il se gagnera casemate par casemate, tranchée par tranchée. Des soldats tombent, d’autres prennent la ligne pour que vivent les Sénégalais unis et prospères.

Pierre Hamet BA

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TASS YAKAAR

« La résignation est un suicide quotidien. »

Honoré de Balzac – « Illusions perdues ».

 

Mais pourquoi ai-je donc décidé de me suicider ?

J’avais rendez-vous avec l’espoir. Je croyais ne plus assister à cet affligeant spectacle au lendemain de la miraculeuse pluie du 25 mars 2012. Hélas, Cheikh Anta Mbaye, le dernier à s’être immolé devant les grilles du palais de la République, m’aura fermement démenti. Les remplaçants irrités par une tactique qui les a trop longtemps tenus à l’écart, mais tout de même déterminés, opiniâtres et affamés d’initiative, ont quitté le banc de touche pour revigorer et perpétuer, d’une soif, d’une fureur et d’une hargne déconcertantes, le système que nous avons tant combattu. 

Maintenant j’ai rendez-vous avec la mort. Tintin chavire son radeau au comité sénégalais des droits de l’homme ; Lat-le-faux ancien « opposant de conscience » transforme son stylo en tube digestif pour ne devenir qu’un furibond chien de garde ; Braqué-Lo suce les bonbons du cabinet du Chef de l’Etat-Bateau ; le Facteur-de-l’Elysée dépièce le parti socialiste et s’y fossilise ; le Buddha-de-Thiès tente, à coup de révélations et de larmes, de passer pour le chef de l’opposition interne et externe ; la Gouvernante-de-l’Etat-Bateau s’attèle plus à étancher la soif de revanche de son maître qu’à rendre justice au peuple sénégalais ; le Blanchisseur-des-beaux-quartiers cherche à s’éterniser à la primature ; Tabanka-Jazz liche les bottes pour sauver des assises la Brute-des-sicaps ; et le Shérif-de-Soweto troque son parti contre cinq ans à l’Assemblée nationale.

S’accaparer donc de nos deniers publics entre voitures rutilantes, maisons de fonction, fonds politiques, budget de campagne, corruption de fonctionnaires indélicats d’une certaine presse, fondation circonstancielle de servitude des Sénégalais et que sais-je encore, semble, plus que tout, obséder nos dirigeants. Sinon comment comprendre qu’ils aient voulu nous faire prendre le contenant pour le contenu, la bouteille pour le jus ? Quelle galéjade ! Les caisses de l’Etat n’étaient donc pas si vides. A vrai dire, ces gens n’en valent pas la peine.

Mais pourquoi diable ai-je donc décidé de me suicider ?

Je n’ai pourtant pas été mithridatisé. Je ne suis pas l’invalide de guerre qui, après avoir rempli sa part de contrat avec l’Etat, a fini par céder à l’emprise du quotidien abrutissant dans lequel il a été confiné. Je ne m’appelle pas Hamet Tidiane Bâ non plus. Se souvient-on d’ailleurs de ce jeune sénégalais qui a tenté de suivre les traces d’Omar Bocoum en s’immolant à l’avenue Roume ? Comme Mamadou Diop, mort, écrasé par un camion de police à la place de l’obélisque ; comme six autres personnes qui ont tout aussi payé de leur vie les ambitions politiques des obsédés du plus, il demeure dans le divers des divers faits divers des gouvernants du divers.

Mais je refuse d’être logé dans la catégorie des faits-divers.

Je suis le prématuré nouveau-né prématurément mort car à peine ai-je donné mon premier souffle que la couveuse s’est éteinte, faute d’électricité.

Je suis le talibé dont ils croisent le regard tous les matins et dont ils ont récemment scellé le sort pour des raisons politiciennes.

Je suis la jeune sénégalaise dont on se sert du corps comme antidépresseur pour hommes en détresse.

Je suis le vieillard à la retraite qui, après 35 ans de bons et loyaux services, perçoit 17.000 francs CFA de pension trimestrielle. Voilà pourquoi je suis obligé de regarder, impuissant, mes filles se prostituer tous les soirs. A défaut, de quoi vivrait-on ?

Je suis le jeune garçon, titulaire d’une licence, qui n’a eu qu’un stage de serveur au Fesman sans pour autant être payé de mes 60 malheureux mille francs CFA que je rêvais de donner à ma mère. Je n’ai aucun problème. Bien sûr, à mon âge, mon père me nourrit encore et je prends du thé devant ma maison jusqu’à 1 h du matin.

Je suis le pauvre souffreteux déchanté qui s’est battu toute sa vie pour ne point jouir de son labeur. J’ai été vendeur ambulant de cacahouètes, cireur de chaussures, marchand à la sauvette, balayeurs de rue, laveur de voiture, apprenti-« car-rapide », « madame-porté », agent clandestin de change, chauffeur, paysan, gardien de nuit et de jour, avant de finir ma carrière en tendant la main sur le boulevard de la République. Et quand vient le moment de ma crise asthmatique, épileptique, cardiaque, diabétique, anaphylactique ou d’angor spastique, je n’ai même pas de quoi me rendre à l’hôpital, à fortiori, me payer des soins. Voilà comment je vais crever : pour moins de 1000 francs CFA. Mon rendez-vous avec la mort est donc imminent : « le désespoir est le suicide du cœur ». (J.P. Richter).

Pierre Hamet BA

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Les incitations : socle de la performance !

Le désordre que représente South African Airlines (SAA) est largement connu aujourd’hui. Ce que beaucoup ne savent pas, c’est que l’Université de Yale, en 1944, avait publié un petit livre qui exposait les raisons du désordre. S’il est vrai que le livre de Ludwig Mises, « Bureaucracy », ne mentionnait pas la SAA par son nom, il disséquait néanmoins les différences entre la «gestion à but lucratif» (guidée par le mécanisme des pertes et profits) et la «gestion bureaucratique (ou politique)».

Mises a soutenu que sous chaque système de gestion existent des incitations. Les gestionnaires et/ou les propriétaires répondent à ces incitations. Mettez le bureaucrate dans un système de «gestion à but lucratif» et ses actions vont changer. Mettez un homme d’affaires dans un système de gouvernance bureaucratique et il agira comme tous les bureaucrates. Changez les incitations et les comportements changeront. Ceci dit, Mises n’a pas dit qu’il n’y avait pas de place pour la gestion bureaucratique, mais il en a exclu les entreprises publiques. La vente de la protection policière au plus offrant est un problème, mais vendre des billets d’avion à profit ce n’est pas la même histoire. Gordon Tullock, dans son livre « Politics of Bureaucracy », a montré que les systèmes bureaucratiques ne répondent pas aux besoins des consommateurs pour deux raisons. D’une part, la structure est centralisée avec des supérieurs plus âgés qui contrôlent leurs subordonnés, et d’autre part, la plupart des subordonnés poursuivent en priorité leurs intérêts personnels et ne veulent pas défier leurs supérieurs. Les bénéfices ne jouent aucun rôle dans ce système, il n’y a donc pas d’incitation encourageant les individus à promouvoir de nouvelles idées. Ainsi, la même force, l’intérêt personnel, encourage l’efficacité dans la gestion à but lucratif mais la décourage dans la gestion bureaucratique. Dans le cadre de la gestion à but lucratif, les individus intéressés veulent faire des profits et ne peuvent le faire qu’en répondant aux besoins des consommateurs, plutôt qu’en cherchant l’approbation et la satisfaction des politiciens.

La Nouvelle-Zélande a délégué la délivrance des permis de conduire à l’Association automobile locale qui faisait passer ses tests. Quand j’étais là-bas et que je voulais un permis local, j’ai pu y aller même un dimanche matin car le bureau local était ouvert. Le service privatisé était ouvert tous les jours de la semaine. Sans rendez-vous, je suis entré et j’ai presque immédiatement passé le test écrit. Une fois terminé, le test a été immédiatement évalué et après environ deux minutes d’attente, on m’a dit que j’ai réussi. La même employée a alors utilisé la caméra installée à côté d’elle pour prendre ma photo et m’a dit que je recevrais mon permis par la poste. L’après-midi suivant, il a été livré. J’ai eu affaire à des départements d’octroi de permis gérés de manière bureaucratique en Afrique du Sud et aux États-Unis. Cela ne signifie pas que les gens qui travaillent aux États-Unis sont mauvais comparés à ceux de Nouvelle-Zélande, mais seulement qu’ils répondent à des incitations très différentes.

Certaines personnes font des remarques désobligeantes à propos de la SAA qui semblent insinuer que le problème est « l’Afrique », ou ces types incompétents de l’ »ANC ». Mais les faits ne soutiennent pas vraiment cette théorie. Le très non-africain, non-ANC British Airways, un transporteur public depuis des décennies, était inepte, mal géré, perdant de l’argent ; affichant tous les mêmes défauts que la SAA, jusqu’à ce qu’il ait été privatisé.

Nous pouvons trouver le même phénomène dans le monde entier, qu’il s’agisse de Swissair, d’Air India, de British Airways, de Kenya Airways, de l’allemand Lufthansa ou de dizaines d’autres exemples. Nous constatons également qu’après la privatisation, les choses s’améliorent. Bien sûr, tous les pays n’étaient pas disposés à privatiser leurs compagnies aériennes appartenant à l’État. Le Ghana a refusé de privatiser Ghana Airways et, en 2005, il a été obligé de le fermer en raison de « dettes stupéfiantes », selon David Lawrence à la Banque mondiale.

Peu importe qui dirige les compagnies aériennes étatiques. Ce n’est pas une spécificité africaine, ou un problème de l’ANC. C’est une question d’incitations. Lawrence a déclaré que la mauvaise gestion des compagnies aériennes publiques, peu importe qui en fait la gestion, est universellement un désastre: « Un article dans Handshake, journal trimestriel de la SFI (International Finance Commission de la Banque mondiale), souligne que la sur-réglementation, les sureffectifs, la dette, l’ingérence politique et la mauvaise gestion sont trop courantes. Les auteurs, James Morley et Brian Samuel, décrivent le bilan des compagnies aériennes publiques comme «épouvantables» et déclarent catégoriquement que «les gouvernements n’ont rien à faire dans ce domaine».

Le fait de reporter la privatisation de la SAA menace désormais toute la nation. Comme l’a souligné Misheck Mutize, professeur de finance à l’Université du Cap, dans The Mail & Guardian: «L’inefficacité croissante des entreprises publiques continue de pénaliser les finances du pays. Ce n’est pas un luxe qu’il peut se permettre. Les agences de notation ont clairement indiqué qu’elles surveillent les renflouements et les garanties gouvernementales continus. C’est parce qu’ils constituent une menace sérieuse pour les équilibres budgétaires et les priorités politiques du gouvernement ».

Le vrai problème est que les choses sont si mauvaises que la SAA n’est pas seulement en faillite, elle menace également de mettre en faillite le gouvernement sud-africain. Mutize, offre une solution : « Certaines entreprises publiques devront être privatisées. En effet, elles fonctionnent comme des monopoles dans des secteurs clés qui perpétuent des inefficacités flagrantes. Seule la privatisation mettra fin à ces distorsions ». Il soutient que le pays doit déraciner l’État prédateur. Ce n’est qu’à cette condition que la confiance des investisseurs reviendra, que la croissance reprendra et que les dégradations de notation seront inversées.  Ou, comme Mises aurait pu le dire : « Il est temps de changer les incitations qui encourageront les gestionnaires à faire les bons choix».

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CHRONIQUE DE L’INDEPENDANCE

« L’histoire des peuples dans l’histoire,

c’est l’histoire de leur lutte contre l’État. »

Pierre Clastres. – La Société contre l’Etat –.

 

  1. L’aube d’un nouvel espoir. L’optimisme est au rendez-vous des projections d’un futur radieux. Mais très vite, l’aplatissement devant les orientations économiques imposées de l’extérieur et les comportements détestables de la classe politique sénégalaise vont freiner l’optimisme d’un Sénégal prometteur. « L’Afrique noire est mal partie » (René Dumont)et le Sénégal n’est pas en reste. Mais insouciants, nous chantions :

1 : INDEPENDANCE. « L’indépendance est un préalable, elle n’est pas une fin en soi, elle n’est pas un idéal elle-même, mais ce qu’elle rend possible ».  (Waldiodio Ndiaye). Et De Gaulle de réajuster sa casquette de Général pour répliquer : « Nous sommes à l’époque de l’efficacité, c’est-à-dire à l’époque des ensembles organisés ». (De Gaulle).

2 : DEFILEZ. Malheureusement, « les soleils des indépendances » (Kourouma), n’ont pas encore dardé leurs rayons un demi-siècle après. Le Président Diouf étouffé par les programmes d’ajustements structurels (Pas), n’a eu d’autres soucis que de maintenir une administration arc-boutée sur des acquis rétrogrades et, de sauver ce qui pouvait l’être d’une économie hypothéquée et exsangue. Il a cruellement manqué de vision. Quel Sénégalais ne se souvient pas du défilé incessant d’Abdou Diouf quémandant à l’Elysée, des subsides pour boucler de difficiles fins de mois ?

3 : TRAVAILLEZ. Nous aurions pu faire l’économie de cette transgression de notre souveraineté, si nous nous étions attelés à « travailler, toujours travailler, encore travailler, beaucoup travailler ». Toutefois, Me Wade s’est focalisé à développer les infrastructures. Il est, ainsi, parvenu à parcourir son champ des possibles en « boostant » l’environnement des affaires. Pour autant, il a considérablement manqué de compenser la balance sociale déséquilibrée par des institutions désagrégées, une bureaucratie apathique, un système de santé précaire, une école en vacance, une jeunesse désœuvrée, un pagne industriel léger ; bref, une pauvreté en constante croissance.

4 : KARATEKA. Distribuant des coups à tire-larigot, se laissant piéger dans la traque des biens supposés mal acquis, Macky Sall est également soucieux d’asseoir son parti, l’Apr, minoritaire, aux commandes d’une coalition de coalitions. Ce faisant, il fait fi des urgences sociales qui, en 53 ans, se sont accumulées jusqu’à se fossiliser. Dans sa sobriété [mal]heureuse, jusqu’ici rien ne va…

5 : SENGHOR. Il s’est évertué à instituer un Etat et à consolider une nation encore balbutiante. Il a fait entendre notre voix dans le monde sur des sujets importants : la détérioration des termes de l’échange, la lutte contre l’Apartheid, les droits inaliénables du peuple palestinien, la prolifération des armes nucléaires dont la commission aux Nations-Unies était dirigée par l’ambassadeur Alioune Sène. Toutefois, il a manqué d’asseoir une économie endogène qui aurait pu insuffler un développement durable et intégré.

6 : SIGNATURE. Les élites dirigeantes ont utilisé le pouvoir et l’appareil d’Etat à leur profit pour satisfaire des clientèles parasitaires dont la principale raison d’être est de protéger leur pouvoir au détriment de tout processus de contrôle démocratique.

7 : CERTIFICAT. C’est la faillite de l’école et l’Etat n’a ni le droit, ni le devoir d’instituer qu’on n’ait pas besoin de scolariser nos enfants. Or, en comptant en son sein des illettrés, des analphabètes, des gens à la limite de la simplicité d’esprit qui ne nous représentent pas du tout, l’Etat sacralise la médiocrité. 

8 : OUI MONSIEUR. Que faire d’autre alors si ce n’est tenir le peuple en haleine dans l’attente « d’un grand soir » très lointain. Aucune politique économique ne semble avoir été conçue sur la base des contingences intrinsèques afin de nous rendre indépendants à tout point de vue. 

9 : NE VOLEZ PAS. L’adresse à la nation de ce 03 avril 2013 dont les félicitations d’entame expriment combien il a fallu de courage pour survivre aux douze derniers mois, nous rappelle que la rupture n’est pas pour maintenant. Or, « sur le long-terme nous serons tous morts » (J.M.Keynes). 

10 : AYAMA DISCO, DANCEZ. Le système LMD a pris place. Plus besoin de Licence-Maîtrise-Doctorat, Lutte-Musique-Dance est la nouvelle tarte à la crème sénégalaise.

Pierre Hamet BA

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MACKYMETRE

« De tous les sots, les plus insupportables sont les

prétentieux  toujours occupés d’absurdes projets. »

Goswin de Stassart. Pensées et maximes.

Passé l’an moins un de l’alternance politique, Moi, le Sénégalais corrige la copie qui lui a été servie et entreprend ainsi la notation de ce qui lui a été présenté comme le chemin de l’accroissement. A tous les niveaux de gouvernance, le capitaine peine à tenir le gouvernail. Des étudiants s’immolent pour obtenir le droit d’inscription ; la période de soudure arrive plutôt que prévue ; les hôpitaux deviennent des mouroirs ; meurtres et assassinats s’amoncellent ; l’électricité se raréfie pendant que son prix électrocute nos bourses ; les commerces mettent la clef sous le paillasson ; les ménages se désintègrent ; des prisonniers menacent d’observer une grève de la faim et même de se suicider à tour de rôle ; l’administration pénitentiaire enchaine les scandales : passage à tabac de détenus, rapprochement de conjoint etc. ; et la SOCAS, usine de transformation de produits agricoles, ferme ses portes à Dagana. Décidément, l’Etat-Bateau est menacé de naufrage dans les océans de la décroissance.

CANULAR. A vrai dire, faire de l’agriculture le principal levier de relance de l’économie nationale pour atteindre l’autosuffisance alimentaire en 2018, ainsi que stipulé dans la déclaration de politique générale duBlanchisseur-des-Beaux-Quartiers, est louable, mais demeure loin d’une orientation politique conséquente. D’abord parce qu’elle ébranle la dynamique macroéconomique du Sénégal dont le soubassement est portée par la deuxième génération du Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté qui place la création de richesses en ses premiers termes et donc, la Stratégie de Croissance Accélérée. Ensuite, parce que l’argumentaire qui sous-tend ce choix est fallacieux. Car en effet, à en croire le Premier Ministre dans ladite déclaration, « les politiques agricoles récentes ont été négativement marquées dans leurs orientations, leurs dispositifs de pilotage et leurs applications sur le terrain ».

FAUX ! Le recul de la part de l’agriculture dans l’économie nationale relève moins « de la vulnérabilité aux aléas climatiques » que de la saturation et de la dégradation des sols agricoles qui, de plus en plus, semblent irréversibles. Le Centre de Suivi Ecologique du Sénégal note que près de la moitié des sols de notre pays tend à perdre sa fertilité. Dans le Nord, le rabattement et la salinisation de la nappe phréatique, causés par le barrage de Diama, rendent les terres de plus en plus impropres à l’agriculture. De même, les lachures d’eau de Manantali portent, par l’érosion hydrique, des dommages sur les terres cultivables aux alentours de l’ouvrage. Au Sénégal oriental, dans le sud du Bassin arachidier et en Casamance, les fortes précipitations ont décapé les sols donnant naissance à des « bads lands » impropres à l’agriculture. Dans les Niayes, l’ensablement des cuvettes interdunaires a provoqué un appauvrissement rapide des sols, rendant ainsi improductif tout projet de maraichage.

AVÉRÉ. L’autosuffisance alimentaire n’est donc pas qu’une question de discours politique. Elle requiert de mettre en œuvre des mesures de restauration des sols ; d’orienter les spéculations agricoles selon l’aptitude des terres arables ; d’affecter à l’élevage des terres de parcours inaptes à l’agriculture ; et de maintenir les terres sensibles à l’érosion hydrique, constamment couvertes par une végétation (CSE) ; tout ensemble de préalables techniques vraisemblablement irréalisables à l’horizon 2018.

BAROMETRE. Ce sont donc là quelques raisons parmi tant d’autres qui justifient que le Chef de l’Etat-Bateau n’ait pu rien faire d’autre sinon que de consentir un rabais de -2,2% sur les prix des boissons alcoolisées, tabacs et stupéfiants et de -0,2% sur les articles d’habillement et chaussures (ANSD). Tout se passe alors comme si ces gens n’ont d’autres ambitions que de nous transformer en mirliflores avinés. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : on s’habille, on se soule et on se tait. Le coût de la vie a augmenté de 2,7% pour l’enseignement ; 1,8% pour le transport ; 2,3% pour les restaurants et hôtels ; 0,9% pour les biens et services divers; 1,1% pour la santé ; 6,9% pour les prix des céréales non transformées, 4,2% pour les poissons frais ; 4,2% pour la viande de bœuf ; 9,7% pour les légumes frais en feuilles ; 4,4% pour le beurre ; 3,2% pour le lait, 2,4% pour les huiles ; 1,3% pour le pain ; 0,2% pour  les services de logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles et de 1,1% pour les meubles, articles de ménage et entretien usuel du foyer (ANSD).

PAUVRETE. Sauf alors à prendre ses désirs pour la réalité, ladite politique économique articulée autour de l’agriculture peinera à résorber la pauvreté qui s’accroît de jour en jour, alors même que nos bourses sont constamment amenuisées par une inflation de plus en plus soutenue.

Pierre Hamet BA

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KARIM, JE NE T’AIME PAS !

« Quand le déshonneur est public, il

faut que la vengeance le soit aussi ». 

Beaumarchais – (Le Mariage de Figaro)

 

Karim, Karim, Karim ; avec toi, je serais insatiable. Fils de Maître Abdoulaye Wade que l’on aura tant chéri et détesté dans l’histoire politique contemporaine du Sénégal, je te hèlerai trois fois.

RUMEURS. Sur toi, l’on m’aura tout dit : tu serais français ; tu ne parlerais pas bien wolof ; tu n’aurais pas beaucoup de considération pour nous autres autochtones ; tu préférerais les professionnels européens aux nationaux ; tu serais éloigné du petit peuple ; tu aurais usé de ta condition de fils-à-papa pour illégalement encaisser 10% sur tous les investissements entrant au Sénégal cette dernière décennie ; tu aurais voulu succéder à ton père au sommet de l’Etat comme si nous n’étions que de triviales indigènes dans une royauté où tu serais le prince-héritier ; et, apothéose, l’on me dit maintenant que tu serais propriétaire de DP World Sénégal, de la Banque Marocaine du Commerce Extérieur, de la compagnie AHS. A vrai dire Karim, d’avoir soustrait plus du quart de notre famélique budget annuel national, si tant est qu’il est strictement vérifié que, de ce qui précède, tu serais effectivement coupable d’enrichissement illicite à hauteur de 694 milliards CFA, te rend fort détestable à mes yeux.

KARIM, à force de n’entendre qu’un seul son de cloche, on finit par croire que c’est le bon son. Mais si ce son relève plus d’une dissonance dans l’aubade globale de la réalité politique quotidienne ainsi que le soutiennent tes rarissimes partisans, alors il faudra, à un moment ou à un autre, une note de ta part qui s’accorderait ou se disjoindrait de la symphonie. Bien entendu, le silence est une forme de communication. Mais à y abuser, il devient de l’ignorance. Et, l’ignorance est le pire des mépris. Ma haine en toi ira donc en grandissant aussi longtemps que tu me négligeras. Tant que tu ne daigneras pas t’adresser à « Moi, le Sénégalais » pour enfin faire entendre une petite note bien singulière qui m’illustre de ta propre voix que tu te soucies de mon opinion ; oser ainsi apporter l’amalgame dans la sérénade qui exacerbe l’inimité que je nourris à ton égard, tu m’ancres à croire que tu me portes une mésestime sans précédent. En conséquence de quoi, je me réjouirais de ta privation de liberté.

VENGEANCE. Mais ce n’est que le mésentère du tableau que dessus. Macky Sall, alors président de l’Assemblée nationale, a voulu t’entendre sur ta gestion des fonds de l’Organisation de la Conférence Islamique. Par un tour de passe-passe politique, il a été défenestré du système. Maintenant qu’il est devenu Président de la République, c’est chose faite. Mais à force de propagande, de vacarme médiatique, de cacophonie au sein du gouvernement qui peine à trouver un consensus minimal, le plat qui, froid devait se manger, a tellement été réchauffé qu’il a fini par cramer. Il faut alors s’en débarrasser car c’est devenu infect et impropre à la consommation. Ça ne passe plus. Donc, il ne reste plus qu’une issue artificiellement valable : te jeter en prison.

PEINE PERDUE parce que « Moi, le Sénégalais » n’accorde plus que très peu d’attention à la question. A la fin de l’histoire, que tu te sois illicitement enrichi ou pas, que tu sois raciste et malhonnête ou que tu veuilles devenir président, ne remplit point ma besace. En vérité Karim, si ce ne sont les rumeurs qui te dépeignent comme le plus altier des Sénégalais sans que tu n’y apportes la moindre contradiction sinon qu’à travers la voix de ce qui n’ont point de voix audibles, envers toi, « Moi, le Sénégalais » n’a ni amour, ni haine.

FIN DE L’HISTOIRE. Ce qui m’importe, ce qui me motive, ce qui m’anime, ce qui, au plus profond de mon être, me préoccupe : c’est l’amélioration de ma condition tant et si bien que tout ce qui se rapporte à ladite traque des biens supposés mal acquis n’est devenu que distraction à mon sens. Alors que l’histoire prenne fin pour qu’enfin « Moi, le Sénégalais » puisse me rendre compte de ce dont ces gens sont véritablement capables face aux multiples afflictions meurtrières qui m’acculent au jour le jour sans qu’ils ne daignent s’y consacrer, prétextant s’occuper d’une demande sociale singulière, formulée à ma place par une cohorte de politiciens incompétents envenimés par une société civile fortement politisée.  

Pierre Hamet BA

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FRANÇOIS LE PAPE

« Aussi longue et aussi noire que soit la nuit, il vient

toujours un moment où, enfin, le jour se lève »

Oumar Sankharé – « La Nuit et le Jour ». 1997.

Tout commence par certains signes précurseurs très tôt arrivés au sein de l’Eglise. En signant, le 8 janvier 1454, la bulle Romanus Pontifex, pour donner mission à Alfonso V, roi du Portugal, d’évangéliser les autres peuples autour de la terre, Nicolas V, le 208e pape, venait d’accomplir un acte dont l’un des enseignements est l’élection avant-hier du 266e pape de l’Eglise. C’est authentique et historique dans la mesure où le premier évangéliste qui porte désormais le sacerdoce de ramener à la foi un Occident plus que jamais agnostique, mécréant voire athée, de réunir et de ressouder une communauté chrétienne qui s’effrite de plus en plus, de surélever les murs d’une cité pontificale surmédiatisée et enfin de prêcher le message de la paix, de l’amour et de l’amitié entre les créatures de l’omnipotent, descend d’un peuple, par le passé, colonisé et évangélisé par le feu et par le sang. Il n’est donc qu’enrichissant de tirer les enseignements d’une telle rupture.

APOCALYPSO. Le troisième millénaire est jusque-là marqué par de nombreux événements politiques, économiques, sociaux et culturels qui ont presque fini d’ébranler les croyances et les certitudes : la guerre contre le terrorisme sur fond de croisade qui s’étend jusqu’aux confins de nos frontières à l’heure où l’on croyait avoir définitivement neutralisé le choc des civilisations ; la crise économique qui sonne définitivement la fin du monde unipolaire et accélère considérablement l’avènement d’un monde multipolaire voire apolaire ; l’accroissement de la pauvreté aussi bien dans les pays en développement que dans les pays développés ; la poignante disparition de Jean-Paul II, titulaire du plus long pontificat après celui de Pie IX, laissant le monde sans grande figure emblématique qui aurait pu éviter, si ce n’est mettre fin aux incompréhensions qui accentuent la haine entre les religions ; le printemps arabe qui sonne comme une renaissance du monde arabo-berbère encore pleine d’incertitudes ; la guerre en Syrie qui, à la table des Nations-Unies, continue d’étirer le fil déjà ténu de la diplomatie internationale ; le recul de la part de la foi dans le système d’ »habitus social » occidental qui envenime la nature humaine ; les scandales et procès qui ont dernièrement animé l’actualité autour de l’Eglise, l’incompréhension grandissante des peuples autour de la terre qui alimente un intégrisme de plus en plus incontrôlable, la question du nucléaire iranien qui enrégimente juifs et musulmans, les tensions qui se raniment entre les deux Corées… Et voilà que surgit du coin de ce tableau ténébreux, une petite lueur à la lumière si vive qu’elle éclaire de sitôt les plus sombres présages d’une apocalypse imminente.

SA SAINTETE FRANCOIS. Vint donc le sauveur qui se place dans le sillage de San Francesco d’Assisi, communément appelé François d’Assise que le pape Innocent III a vu en rêve soutenant la basilique Saint-Jean de Latran, alors en ruines. Le rapport est politiquement significatif et spirituellement chargé de sens. François d’Assise a diplomatiquement convaincu le sultan Malik al-Kamil de rendre Jérusalem au Chrétien alors qu’aucune force ne l’y contraignait. Ce que les armées venues d’Europe n’avaient pu obtenir, son intelligence et sa tolérance le lui ont attribué. En se nommant François, Sa Sainteté le Pape marque une rupture d’avec les pratiques contemporaines où l’ostentation a pris le dessus sur le sens. Il annonce ainsi qu’il entend continuer le travail de François d’Assise qui désirait ardemment tisser des liens entre les musulmans et les chrétiens pour bâtir la paix. Il suggère dors et déjà une réflexion active sur l’ouverture vers les autres cultures et les autres religions afin de diminuer les tensions, les intolérances et les incompréhensions.

BENEDICTION. Ce pontificat aura donc vraisemblablement une influence certaine sur la manière dont les relations internationales vont dorénavant se jouer. Qu’il en soit ainsi que le Pape le proclame. « … Prions toujours pour nous : l’un pour l’autre. Prions pour le monde entier afin qu’advienne une grande fraternité. (…) Que ce chemin que nous commençons (…) soit fructueux… ». Sa Sainteté Le Pape François sera, comme son homonyme, entièrement dévoué à la lutte contre la pauvreté et au raffinement des mœurs. Sa première adresse qui initie avec beaucoup d’humanisme et d’humilité « … ce chemin (…) qui est celle qui préside toutes les Eglises dans la charité… » nous en donne l’assurance.

Pierre Hamet BA

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ET QU’EN PENSE LE PDS ?

« Les grands hommes sont ceux dont les fautes

ne comptent pas. Leur perte même les exhausse. »

Paul Valéry. « Mélange », juin 1941

Le 09 juillet 2004, Mahmoud Saleh portait un coup de poing à un garde pénitentiaire, en tenue, en faction et en service. En pulvérisant un agent des services publics dans l’exercice de ses fonctions, il frappait concomitamment l’Etat de son poing. Arrêté et mis en garde à vue, les opposants d’alors avaient crié à la détention arbitraire. Organisations non gouvernementales, partis politiques et autres associations se réclamant de la lutte pour les droits de l’homme avaient pris d’assaut la place publique, dénonçant une déliquescence de la démocratie au Sénégal. Mais dans les faits, Mahmoud Saleh était indéfendable. Si alors on a pu prendre partie pour lui dans un cas de flagrant délit, pourquoi ne pourrait-on pas s’opposer fermement au pouvoir en place qui semble de plus en plus mépriser nos préoccupations ?

Le Parti démocratique sénégalais (Pds) est devenu inaudible, indolore et incolore. Ses principaux leaders ne s’expriment qu’en tournant sept fois la langue avant de se taire. Ils tentent vainement de nous convaincre d’être victimes d’une injustice. Envoûtés par les poursuites engagées à leur encontre, ils en arrivent à perdre de vue leur mission principale de régulateur du jeu démocratique. Ils se laissent emprisonner dans un mutisme sans précédent alors que les mêmes inquiétudes que leurs adversaires prétendaient pouvoir solutionner une fois au pouvoir, ont demeuré jusqu’à devenir chronique.

En vérité, il ne se passe pas un jour sans que le gouvernement ne pose un acte révoltant allant de multiples exactions tendant à nous enlever le pain de la bouche à une forme de ghettoïsation du pouvoir : destruction de biens privés puis déguerpissements des ateliers de fabrication sans aucune espèce d’indemnisation ou de plan de recasement ; nomination d’un étudiant au poste de Consul général du Sénégal à Marseille, des enfants de l’homonyme du Président de la République à des postes stratégiques comme Agent judiciaire de l’Etat, Ministre-conseiller ou encore Président de conseil d’administration ; interdiction d’exportation de ferraille pour satisfaire une entreprise chinoise ; baisse de la piteuse pension de retraite ; implication du Premier ministre dans l’affaire Habré sans que sa démission ne soit de rigueur ; deux permis d’exploration pétrolière octroyés au frère du Président de la République, un journaliste de son état… la liste est longue sans être exhaustive.

Tant de faits qui justifient, entre autres, la récente baisse de popularité du Président de la République (Isop) et qui auraient pu fortement motiver une opposition engourdie. Mais au lieu de se concentrer sur les intérêts de la population et de contrôler pour ainsi dire l’Action publique, d’aucuns se consacrent à des stratagèmes pour une place au soleil de l’avenue Roume, d’autres se préoccupent d’éviter une place à l’hôtel zéro étoile de Rebeuss. Et pendant ce temps la condition sociale du Sénégalais s’empire, au jour le jour, sans qu’aucun opposant n’en fasse véritablement sa raison d’existence ou de résidence médiatique. Or, il y a seulement un an, une pénurie de gaz, une augmentation du prix à la pompe, une inflation des denrées de première nécessité auraient vite défrayé la chronique. Tous les chefaillons de l’opposition se seraient engouffrés sur la brèche, prétendant lutter pour de meilleures conditions de vie de la population. Bravant les interdictions de marche du préfet de Dakar, ils auraient, au prix de leur vie s’il le fallait, arpenté les rues et artères de Dakar, semant désordre et troubles à l’ordre public. Ces mêmes leaders sont pourtant aujourd’hui au pouvoir. Cependant, les mêmes phénomènes conjoncturels, les mêmes entraves au bien-être, à la justice, à la liberté d’expression, au droit de l’homme subsistent. Mais ils n’en ont cure.

Il ne s’est donc jamais agi pour les opposants d’hier, gouvernants d’aujourd’hui, du Sénégalais. En ne parlant plus de nos préoccupations, ils démontrent que leur objectif ne consistait qu’à prendre le pouvoir pour des fins qui se dessinent au fur et à mesure et dont les traits deviennent de plus en plus appréhensibles à nos yeux. De même, en plaçant l’ancien régime à l’épicentre de leurs discours et actions politiques, ils jettent l’anathème sur le choix porté sur eux et brisent ainsi le principe de continuité du service public. En essayant de passer sous silence les dysfonctionnements manifestes de Benno Bokk Yakaar qui plombent tous les secteurs du pays, ils dissimulent confortablement leurs tares sous une belle parure. En ne présentant en définitive que leurs belles facettes, dépourvues cependant de contenus apparents, ils laissent entendre que la coalition qui a produit un tel pouvoir est, elle aussi, belle, et qu’elle aussi, manque de contenus cachés. Mais si après tout, la situation politique qui a produit une telle coalition n’était, en réalité, pas aussi reluisante, alors ladite coalition devait porter en elle un mensonge de la même manière dont Blake (The Sick Rose) dit que la rose porte en elle un ver. Donc, la critique autrefois enchantée par la beauté de la rose, doit maintenant aussi s’intéresser au ver. Les libéraux le savent-ils ? Qui parmi eux pour fouetter les énergies citoyennes et raviver la flamme du refus, et au nom et pour le compte de tous…

Pierre Hamet BA

 

 

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Pourquoi l’Afrique est-elle restée à la traîne?

La pauvreté africaine n’a pas été causée par le colonialisme, le capitalisme ou le libre-échange. Bon nombre des anciennes colonies de l’Europe sont devenues riches précisément parce qu’elles ont maintenu et adapté certaines bonnes institutions coloniales et ont participé au commerce mondial. La pauvreté africaine a précédé la colonisation du continent par l’Europe et persiste encore aujourd’hui. Elle est le résultat de mauvaises politiques, dont la plupart ont été choisies librement par les dirigeants africains après l’indépendance.

Quelques chiffres

Comme l’Europe, l’Afrique a commencé désespérément pauvre. Le regretté Professeur Angus Maddison de l’Université de Groningue a estimé qu’au début de l’ère commune, le revenu moyen par habitant en Afrique était de 470 dollars par an (en dollars de 1990). La moyenne mondiale était à peu près égale à celle de l’Afrique. L’Europe occidentale et l’Afrique du Nord, qui faisaient partie de l’Empire romain, étaient légèrement mieux loties (600 dollars). En revanche, l’Amérique du Nord était à la traîne par rapport à l’Afrique (400 dollars). Dans l’ensemble, le monde était à la fois très pauvre et peu inégalitaire.

Les origines des inégalités mondiales, qui ont vu l’Europe occidentale et, plus tard, l’Amérique du Nord, devancer le reste du monde, peuvent être attribuées à la montée des Cités-États du nord de l’Italie au XIVème siècle et à la Renaissance au XVème siècle. En 1500, l’Européen moyen était environ deux fois plus riche qu’un Africain moyen. Mais le véritable écart de niveau de vie ne s’est creusé qu’après la révolution industrielle qui a débuté en Angleterre à la fin du XVIIIème siècle et s’est étendue à l’Europe et à l’Amérique du Nord au XIXème siècle.

En 1870, alors que les Européens ne contrôlaient pas plus de 10% du continent africain (principalement l’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud), les revenus de l’Europe occidentale étaient déjà quatre fois plus élevés que ceux de l’Afrique. En d’autres termes, l’Europe n’avait pas besoin de l’Afrique pour être riche. L’Europe a colonisé l’Afrique parce que l’Europe était justement prospère et, par conséquent, plus puissante. Ici l’analyse de la chronologie des événements ne signifie ni justifie, ni ne défend le colonialisme ; mais elle nous aide à expliquer ce phénomène.

L’impact de la colonisation

Les fortunes de l’Afrique sous la domination coloniale ont varié. Beaucoup de progrès ont été réalisés en termes de santé et d’éducation. Maddison estime qu’en 1870, il y avait 91 millions d’Africains. Dans les années soixante, période des indépendances, la population africaine a plus que triplé pour atteindre 285 millions. L’OCDE estime qu’au cours de la même période, la part de la population africaine scolarisée est passée de moins de 5% à plus de 20%. En revanche, les Européens ont traité les Africains avec mépris et les ont soumis à l’esclavage, la discrimination et à la violence. Cette violence s’est intensifiée pendant la lutte pour l’indépendance de l’Afrique, alors que les puissances coloniales essayaient de repousser les nationalistes africains. En conséquence, les dirigeants africains ont pris le contrôle de pays où la répression de la dissidence politique était déjà fermement établie. Au lieu d’abroger les lois sur la censure et la détention arbitraire, les dirigeants africains les ont conservées et les ont développées.

La tentation soviétique

C’est précisément parce que la domination coloniale était si dégradante sur le plan psychologique envers les Africains en général, et les dirigeants nationalistes en particulier, que les gouvernements africains post-indépendance étaient si déterminés à éliminer de nombreuses institutions coloniales. Puisque l’état de droit, le gouvernement responsable, les droits de propriété et le libre-échange étaient des transplants européens, ils devaient être abandonnés. Parallèlement, de nombreux dirigeants africains ont choisi d’imiter les institutions et les politiques économiques d’une puissance montante qui représentait l’exact opposé du libre marché occidental et de la démocratie libérale, à savoir l’Union soviétique.

Imiter l’URSS dans les années 1960 n’était pas totalement irrationnel. Au cours des années 1930, le pays a connu une industrialisation rapide, transformant une nation de paysans en une puissance redoutable. L’industrialisation a coûté la vie à quelque 20 millions de personnes, mais elle a permis à l’URSS de triompher de l’Allemagne hitlérienne (au prix de 27 millions de vies supplémentaires). Au début des années 1960, le pays produisait non seulement des quantités massives d’acier et d’armement, mais semblait également prêt à remporter la course scientifique l’opposant à l’Occident, lorsque Youri Gagarine devint le premier homme à atterrir dans l’espace le 12 avril 1961.

Le gaspillage et le retard étonnant de l’économie soviétique ne sont pas apparus avant les années 1970. À ce moment-là, malheureusement, le virus socialiste a infecté une grande partie de l’Afrique, qui a adopté un gouvernement à parti unique, qui a détruit la responsabilité et la primauté du droit, bafoué les droits de propriété et, par conséquent, la croissance. Des contrôles des prix et des salaires ont été imposés et le libre-échange a cédé la place à la substitution des importations et à l’autarcie.

L’histoire d’amour de l’Afrique avec le socialisme a persisté jusqu’aux années 1990, quand, enfin, l’Afrique a commencé à réintégrer l’économie mondiale. Les relations commerciales avec le reste du monde ont été quelque peu libéralisées et les pays africains ont commencé à déréglementer leurs économies, gravissant ainsi les échelons dans le rapport du Doing Business de la Banque mondiale, mesurant la qualité du climat des affaires. Cela dit, même aujourd’hui, l’Afrique reste le continent le moins économiquement libre et le plus protectionniste du monde. C’est là – et non dans le libre-échange – que réside le problème.