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REALPOLITIK

«Lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations

(…) marque le dessein de soumettre (les hommes)

au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de

leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de

pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur

sécurité future ».

Extrait de la Déclaration d’Indépendance

des Etats-Unis d’Amérique. 04 Juillet 1776

Traduction de Thomas Jefferson,

3e Président des Etats-Unis

Nous sommes en crise ! Pas une édition de journal télévisé ne passe sans que le citoyen en appelle à l’Etat. Pas un article rédigé dans la presse sans que l’Etat ne se pose au secours d’une région ou d’une catégorie de personnes en difficulté. Sous prétexte d’assurer, du haut de leur expérience mi-centenaire, une mainmise sur un ensemble de rouages vague mais complet ; sous prétexte de s’infiltrer lors des assises nationales dans tous les domaines du quotidien pour mieux les gérer ; sous prétexte de servir cette notion creuse d’Intérêt général, l’arche de l’Etat dérive dangereusement. A force de s’ingénier à imprimer aux institutions une antithèse avérée de ce que préconise la realpolitik, le système du navire ne se grippe désormais plus ; il échoue tout simplement sur la plage de l’inconséquence. Les pires présages trouvent ainsi un écho percutant. Echo impatiemment attendu par une troupe, encore peu nombreuse, de personnes sensées. Echo amèrement constaté par des dirigeants trop prompts à dénoncer les dérives abstraites d’un système dont ils ont tous été, à un moment ou un autre, acteurs. Echo tristement subi par une masse noyée dans une propagande institutionnalisée jetant abondamment le discrédit sur le PDS par cette traque à l’œuvre alors qu’elle n’a jamais été aussi statique.

Les méandres des détresses sociales, économiques et politiques actuelles ont le mérite de révéler la vérité à une majorité électorale dépassée par l’ampleur du désastre cancérigène. La cellule s’est dégradée et commence maintenant à communiquer à la Nation son programme de dégénérescence. Les hommes et les femmes dont l’ignorance sans but vient de se briser, telle une écume insensée, sur la digue des incohérences d’un système rouillé, cherchent, affolés, à remédier à la pathologie. Mais, les cancéreux sont ceux qui se complaisent à apporter des remèdes primitifs dont la posologie frôle le degré zéro du soulagement. Aujourd’hui l’Etat-bâteau est allé encore plus loin et les cellules cancérigènes grouillent en lui. Qu’il suffise pour s’en convaincre de songer à ce chapelet de promesses défiant l’entendement : Cinq cents mille emplois sur sept ans ; trente mille projets à financer annuellement, l’attribution farfelue d’une bourse familiale ou d’une allocation quelconque. Pour autant, le pire demeure moins dans les impacts directs sur l’économie que dans les conséquences intellectuelles et morales ! De telles méthodes condescendantes ne font que favoriser, d’une part, l’infantilisation d’une population qui s’en remet au Saint-Etat-de-rupture ; et d’autre part, le conditionnement des esprits qui, par réflexe, se raccroche à l’Etat au moindre bobo ressenti par le corps social. Qu’à cela ne tienne ! L’Etat est là. L’Etat est toujours là pour nous aider. L’Etat nous donne de l’argent pour combler l’irresponsabilité ambiante. L’Etat nous dicte notre conduite. L’Etat nous fait marcher au pas. L’Etat nous fond dans ce moule de citoyen moyen pour pallier ses manquements. L’Etat s’est affiché comme le seul pilier incontournable. Ce n’est pas rien !

J’ACCUSE. Quel journal publierait donc un retentissant « J’accuse » d’un Émile Zola contemporain comme le fit l’Aurore durant l’affaire Dreyfus ? Les sujets d’indignation ne manquent tout de même pas ! Depuis les libertés d’un procureur spécial sur la protection des droits de la défense jusqu’à la démission fracassante du ministre du commerce, de l’industrie et du secteur informel ; sans parler des conditions moyenâgeuses des paysans, pêcheurs et éleveurs sénégalais, des comportements haineux envers les hommes d’affaires, des pressions exercées pour étouffer toute voix dissidente envers le nouvel ordre établi, de l’absence, jusqu’à présent, de réelles preuves contre les prévenus politiques, de l’acharnement, devenu scandaleusement ignominieux, du pouvoir à vouloir démanteler le Parti démocratique sénégalais. Jamais le discours médiatique et politique n’a semblé aussi embarrassé et peu crédible. Où sont donc nos intellectuels ? Pas ceux qui, abonnés aux émissions de grande écoute, avalisent et dissèquent le message officiel, comptent les points, de part et d’autre, tout en se réfugiant derrière une confortable «neutralité» proportionnelle à l’assiduité des médias à leur égard. Mais plutôt ceux qui souffrent de cette espèce d’indifférence politique dont on a rendu la démocratie responsable prétextant que la masse n’est pas faite pour comprendre.

Il y a trop à faire pour qu’il ne soit pas indispensable de tenir perpétuellement mobilisées nos énergies sociales. La période critique ouverte par la chute de l’ancien régime n’est pas close. L’heure du repos n’a pas sonné. L’essentiel est de ne pas nous laisser retomber dans l’état de stagnation morale où nous nous sommes trop longtemps attardés. Il vaut mieux en prendre conscience que de s’abandonner à une sécurité trompeuse. Socrate a payé de sa vie l’influence de ses idées sur la scène sociale et politique d’Athènes. Platon a placé les sages et les philosophes au sommet de sa pyramide républicaine. Aristote était le conseiller et le mentor d’Alexandre le Grand. Cicéron était au cœur de l’arène politique de Rome. Camus et Sartre mobilisaient les rues. Nos intellectuels doivent donc crier ce qui ne va pas et cesser de glorifier ce qui va. Leur rôle est d’utiliser les savoirs auxquels ils ont accès et les synthèses auxquelles ils arrivent pour interpeller, questionner, critiquer ; ce qui n’est ni dénigrer, ni diffamer ; et quand le moment vient, abjurer. Mais il y en a peu ou prou qui en sont manifestement capables. L’alternative est donc posée : ou bien l’opposition prend la mesure du sacerdoce tel le déroutant Maître Abdoulaye Wade, alors opposant redoutable. Ou alors – et c’est le cas le plus probable -, à jet de pierres et de senteur de pneus enflammés, le peuple prend son destin en main et s’oppose violemment à ce qui semble de plus en plus s’éloigner d’une politique réaliste soucieuse, avant tout, de l’intérêt national au sens où Bismark entendait la realpolitik.

Pierre Hamet BA

14 Février 2013

 

 

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DESPOTE DE L’INCESTE

Va chercher des amis dont l’estime funeste honore

l’adultère, applaudit à l’inceste»      RAC. Phèd. IV, 2

Du moment du choix, la présidentielle est devenue le temps de la chasse. Travaillistes essoufflés, communistes en détresse, socialistes aux abois, politiciens de circonstance, activistes malséants, intellectuels de pacotille, starlettes en mal de popularité, avocats en obsolescence, artistes incultes, hommes de culture constipés du cerveau ; tous, des ennemis jurés aux adversaires à couteaux tirés, ont sacrifié à la battue quinquennale. Et, de cette alliance incestueuse est née Benno Bokk Yakaar. Hypocrisie, je proclame ; et comédie, devraient attester tous ceux qui se rendent compte aujourd’hui que les gouvernants s’occupent moins des attentes du peuple que de maintenir l’ordre de l’inceste. Passée la période de la chasse, cette sorte d’assentiment fortuit qui, temporairement, passait sous silence les ambitions des uns et des autres le temps d’un tir groupé, ne pouvait que laisser place aux péchés capitaux. 

Orgueil, avarice, envie, colère, luxure, paresse et gourmandise mais aussi amateurisme, despotisme et népotisme infectent désormais l’intouchable. Quand bien même nous n’en voudrions certes pas, d’avoir confondu choix et chasse, il est tout de même là. Son discours est vide ; ses entreprises, indigentes ; et sa vision, brouillée. Au gré des contingences, il concocte une sorte de mélasse aux allures de plans sur la comète qu’il décline sous la forme d’un programme de gouvernance. Ingénieur mais pas du tout ingénieux, sa recherche de l’originalité l’égare dans de multiples atermoiements, s’il ne s’en trouve pas ridicule. Pour accoutrer le vide de l’inceste, il fait appel à de biens vagues notions. Conseil des ministres décentralisé par-ci ; restauration des valeurs de la République par là ; levée des couleurs désormais imposée ; traque des biens, dit-on, mal acquis ; transparence ; bonne gouvernance et que sais-je encore… Tout ensemble qui n’a nuls autres impacts que de nous soûler de galimatias pour dissimuler, sous un monceau de mensonges, l’inceste qui putréfie la République. 

N’ayant pas encore satisfait à une seule des exigences sociales concrètes qui l’ont confortées au pouvoir, il s’attèle désormais à une mission civilisatrice comme si nous n’étions qu’une triviale population qu’il convient d’enseigner les bons usages de la République. Ce dont nous parlons ici, c’est de cette prétention à décréter la décadence des valeurs de la République au tréfonds de notre être et de prétendre vouloir y apporter un simulacre de réparation. Mais pour être efficace plutôt que populiste, une telle entreprise devrait commencer par une politique d’accès et de maintien à l’école pour tous ; le retour dans le programme d’enseignement de l’instruction civique et de l’éducation morale et sanitaire avec un fort coefficient au primaire, au collège et pourquoi pas au lycée. De la sorte, l’on insufflerait d’une part, l’avènement d’une nouvelle conscience civique, morale et sanitaire chez nos jeunes gens ; et d’autres parts, l’on résorberait une partie du chômage des enseignants en en reconvertissant certains dans l’instruction de ladite matière. Ce n’est pas en observant la levée des couleurs une fois par mois, ni en poursuivant bruyamment des dignitaires de l’ancien régime, encore moins en baladant le gouvernement de région en région qu’on arrivera à renforcer l’esprit citoyen et la moralité de nos populations. 

CONSPIRATION. Tout cela n’est donc que vacarme pour peu et relève plutôt d’un obscurantisme avéré. Les actions actuellement entreprises ; que ce soit ladite « traque des biens mal acquis », ou « la restauration des valeurs de la République » etc. manquent de contenus apparents en ce sens qu’elles n’ont aucun fondement scientifique ou juridique établi. Elles partent d’un supposé sentiment national injustifié, alimenté par une certaine propagande, qui a fini de convaincre nombre d’entre nous que le Sénégalais manque de civisme, d’esprit citoyen ; que le Sénégal a régressé ; et que Wade a fout. le b..del. Or, il n’en est rien. De tels arguments ne sont destinés qu’à engendrer la peur dans les populations afin de les paralyser et permettre ainsi aux mouvements subversifs de s’emparer des leviers de commande de l’Etat. Les propagandistes ont ainsi attaqué les personnalités et responsables politiques. Ils les ont discrédités soit à l’aide d’affaires montées, soit encore en révélant des malversations et comportements « scandaleux ». Lorsque la chasse aux sorcières a alors commencé, se mobiliser pour défendre la justice dont a droit tout citoyen a revêtu le sens de prendre des risques, de faire des efforts pour des gens qui n’en valent pas la peine. Ce mutisme populaire et cette paralysie nationale engendrés par cette dite propagande expliquent à plus d’un titre les caprices fantaisistes de l’Etat. 

Parce qu’on ne dit pour le moment rien, les propagandistes d’hier, les mêmes à présent au cœur du pouvoir, nous pensent naturellement acquis à cette démarche obsolète qui se complait dans des discours correctionnels dépourvus de sens civique et moral ainsi que de contenus techniques et scientifiques. En devenant donc au bout de ce petit matin de mars cette « foule bavarde et muette » (Césaire), nous acceptâmes la conspiration incestueuse qui entretient le despotisme et le népotisme au sommet de l’Etat. Le moment est donc venu d’agir. Le statu quo, dans sa forme incestueuse, est arrivé à expiration. La nature reprend ses droits. Et, l’on voit pointer les dissensions qui annihilent l’inceste :

La convoitise est le propre de l’homme politique.

 Pierre Hamet BA

08 Février 2013

 

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Yoonu Yakutté

« La véracité n’a jamais figuré au nombre des vertus

politiques, et le mensonge a toujours été considéré comme

un moyen parfaitement justifié dans les affaires politiques. »     Hannah ARENDT

NOUS VIVONS MAINTENANT DANS UNE SOCIETE où il n’y a que le résultat qui compte. L’on nous juge en fonction de notre appartenance politique, de notre confrérie religieuse ou de notre avoir. Peu importe de voler, de mentir, de vendre son âme au diable, de retourner sa veste, d’hypothéquer la vie de ses enfants, de souiller son corps dans l’homosexualité et la pédophilie, de trahir ses proches pour son intérêt propre, de baigner dans l’hypocrisie, de mystifier le peuple, d’abuser du pouvoir, de fouler la justice du pied, de détourner les deniers publics, de vivre à la sueur du front des autres. Tout ce qui compte, c’est de s’inscrire comme un mouton dans le courant du parti berger.  

L’important décalage entre les attentes du peuple et les possibilités actuelles du gouvernement constitue une problématique sociale sérieuse et on risque d’assister assez rapidement à des désillusions spectaculairement douloureuses. Rien n’a véritablement changé. Nous sommes passés d’un mode arrogant à un mode de consentement vicieux et trompeur. Les pratiques politiques les plus abjectes sont plus que jamais enracinées au cœur du système. Les yakaaristes se sont enveloppés dans ce qu’il y a de plus ignoble. Le mensonge demeure le lieu commun dans toutes les entreprises de gouvernance. La transhumance est la chose la plus transparente. Le gré à gré prend du service. Les magouilles s’intensifient. Le PDS se plaint et oublie majestueusement le peuple. Moustapha Niasse néglige les paysans qui, disait-il, étaient affamés. La société dite civile hiberne dans un silence coupable. Idrissa Seck s’occupe de son futur passé. Ousmane Tanor Dieng surveille ses arrières. Amath Dansokho déguste son heure de gloire. Aliou Sow virevolte. Pape Diop gigote. Abou Latif Coulibaly en a marre de y en a marre. Macky Sall maquille son frère d’or noir. Et pendant ce temps… 

PENDANT CE TEMPS LE PEUPLE TRINQUE. La classe politique de notre pays n’est mue par autre chose sinon que de parvenir. L’idéal n’est pour elle qu’un leurre et l’idéologie, un faire-valoir. Le titre et l’argent, c’est tout ce qui intéresse nos hommes politiques. Les larmes de Moustapha Niasse qui a tout eu ou presque en politique, le combat de Moustapha Cissé Lô pour le poste de Président de l’assemblée Nationale, les cuisines internes du PDS qui ont causé sa perte, les violences parfois meurtrières dans les renouvellements des instances de syndicats ou de partis politiques, le spectaculaire revirement de Latif Coulibaly et les scissions au sein des mouvements citoyens sont autant d’exemples qui étayent nos propos. Au lieu de s’installer donc dans leur fauteuil pour gouverner les institutions, nos dirigeants s’asseyent sur les institutions pour surveiller leur siège. 

Toute analyse, même superficielle de notre société, arriverait à une conclusion analogue. On ne parvient vraiment dans la société sénégalaise que quand on occupe, par quelque moyen que ce soit, ce que communément nous appelons « poste de responsabilité ». C’est là seulement que commence notre existence sociale. On se croit alors non seulement plus valeureux que nos compatriotes mais aussi et surtout, investi d’une puissance divine, d’une mission sacrée. On va même jusqu’à considérer que notre maman est plus probe que toutes les autres mères sénégalaises. Cette supposée réussite ne représentant en effet que la récolte des graines que notre mère aurait semées dans le jardin paternel : « Ligéyou ndèye, agnoup dom ». Ledit poste de responsabilité, au lieu donc d’être un moyen de servir le peuple, devient dans l’ordre de cette croyance, un moyen de se servir du peuple. 

LA VERSION FINALE DU PROGRAME PRESIDENTIEL publiée sur makymetre.com nous interpelle à ce titre. Incohérent et irréaliste, il ne témoigne de rien si ce n’est que les yakaaristes prennent leur désir pour la réalité. Dans tous les sens du terme, le fameux yoonu yokutté tient en trois : abuser, détourner la vérité, tromper. Comment ne pas succomber à l’espoir qu’il existerait une manière rapide d’éliminer l’emprise de la pauvreté dans laquelle nous menons notre existence ? Mais le remède que prétend porter ledit espoir pourrait aggraver le mal que l’on veut combattre. En vérité il n’y a que deux types de politiciens au Sénégal : ceux qui utilisent l’argent pour avoir la masse, et ceux qui utilisent la masse pour avoir l’argent. Qui donc ose parler de rupture ? 

Pierre Hamet BA

01er Février 2013

 

 

 

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Tais-toi quand tu parles !

« Pour être téméraire, il ne suffit pas d’être volontaire,

il faut encore être innocent jusqu’à l’ignorance. »

George Sand – 1853.

« Pour être téméraire, il ne suffit pas d’être volontaire,

il faut encore être innocent jusqu’à l’ignorance. »  George Sand – 1853.

Ce jour-là, il était drapé d’un boubou blanc, « copati » en couronne, on aurait dit un ombrageux chef africain au sommet de sa gloire. Sa connaissance de la géopolitique africaine est, pour le moment, rudimentaire. Pris à l’hameçon français, « l’intouchable » amalgame terrorisme, islamisme, extrémisme, sécurité et droits de l’homme pour justifier l’enrôlement de notre armée au Mali. Conseillers, ministres, députés et proches collaborateurs qui auraient pu lui apporter la bonne formule se sont fourvoyés. 

Mais à quoi lui servent donc les dinosaures socialistes et cette cohorte de conseillers, experts en tout, qu’on croyait disposer d’une assez bonne connaissance de la géopolitique sous-régionale ? Manifestement à pas grand-chose. Sinon comment expliquer que « l’intouchable » ait pu parler de tout sauf de l’essentiel ? La lutte contre le terrorisme qu’il croit servir en envoyant nos Diambars au Mali n’est qu’un leurre destiné à faciliter la réalisation de projets politiques de ses maîtres blancs. Son but est de légitimer le nouvel impérialisme. Que prétendaient faire les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France en bombardant l’Afghanistan et l’Irak ; la Chine en déployant des troupes au Xinjiang ; la Russie en rasant Grozny ; Israël en commettant des crimes de guerre ? Ils prétendaient tous lutter contre le terrorisme. Et nous ne connaissons que trop bien ce qu’il en a été des richesses de ces territoires envahis.

On nous tue, mais on ne nous déshonore pas. A ce titre, vous n’avez pas le droit de faire de nos Diambars des chiens de garde. Prenez donc votre courage à deux mains et rendez-vous bien compte que la guerre au Mali n’est à l’évidence qu’un prétexte pour justifier les exactions de puissances expansionnistes contre les populations Touareg qui menacent de faire sécession. Pour peu que vous fassiez tomber vos lunettes, vous verriez au loin qu’il s’agit là, d’une nouvelle tarte à la crème pour des Etats en panne économique. C’est moins le terrorisme que la haute portée géostratégique du territoire des Touaregs qui motive les colons des temps modernes. Vous le savez, ce territoire s’étendant du nord du Mali au massif de l’Aïr au Niger qu’occuperait un Etat Touareg est le lieu de projets euro-américains extrêmement stratégiques parmi lesquels l’ouverture d’une base américaine de lancement de drones pour renforcer celles qui existent déjà à Djibouti, en Ouganda et en Éthiopie aux côtés des flottes aériennes de surveillance basées en Mauritanie, au Burkina Faso et au Sud Soudan ; la réalisation du projet d’installation de panneaux solaires géants appelé DESERTEC d’un budget de 400 milliards d’euros qui doit fournir de l’électricité bon marché à l’Europe ; l’investissement par AREVA d’environ 1,5 milliards d’euros en vue de racler la deuxième plus grande mine d’uranium du monde récemment découverte à Imouraren etc.

Voilà qui met en exergue la face cachée de la guerre dans laquelle l’intouchable enrôle brutalement nos Diambars sans se soucier de l’opinion du peuple. Bien sûr le maître s’engage, les élèves lui emboîtent le pas. Mais cette guerre n’a rien d’un secours porté à la souveraineté du Mali. Elle est foncièrement motivée par un souci économique. Car, même si au Mali les Touareg revendiquent une région très pauvre et sans grande utilité économique ; au Niger par contre, se trouve au cœur de l’Aïr, à Arlit, la mine d’uranium souterraine la plus vaste du monde. 3.000 tonnes de minerai y sont produites chaque année et la capacité sera doublée en 2014. Gober alors que la France, premier exportateur d’énergie nucléaire au monde sans avoir d’uranium sur son sol, mène une croisade contre le terrorisme au Mali, relève de la pure naïveté.

Bien entendu nous sommes d’accord avec Yves Le Drian, ministre français de la Défense quand il soutient dans Libération que « la sécurité de l’Europe est en jeu au Mali […] ». Mais en vérité la sécurité européenne est en jeu, pas parce que des criminels coupent des mains et des pieds, détruisent des mausolées, fouettent des nègres qui ne sont « pas assez entrés dans l’histoire » (Sarkozy), mais parce que toute la géopolitique Sahélo-Saharienne est en reconfiguration. La France et ses chiens de garde vont alors en guerre comme si Berlin avait été un décret divin. Or, il convient de se rendre compte que le peuple Touareg, au Mali comme au Niger, repose sur le même socle culturel ; partage la même histoire, la même cosmogonie, le même imaginaire, les mêmes héros ; dispose d’une organisation politique ; parle la même langue, bref… tout ensemble caractéristique d’une Nation. Mais il ne dispose pas de sa destinée sur un territoire qu’il occupe de tout temps. C’est bien de cela qu’il s’agit : d’une question géostratégique qui pose avec une certaine acuité la problématique de l’intangibilité des frontières africaines et de la pertinence de la souveraineté que la première conférence des États indépendants d’Afrique noire s’est bornée à ériger comme principe inaliénable d’une morale internationale africaine.

Il ne suffit donc pas d’être innocent jusqu’à l’ignorance pour faire du terrorisme et de la rébellion Touareg quelque chose comme mouton et bouton ; il faut surtout être téméraire et volontariste. Envoyer nos Diambars au nom d’une « juste » guerre qui n’a de juste que les intérêts inavoués des grandes puissances économiques est indéfendable. Il vaut mieux alors se taire et continuer à faire comme si.

Pierre Hamet BA

24 Janvier 2013

Cameraman recording interview at media press conference. Live streaming concept.
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Silence ! On mange

« La violence est le dernier refuge de l’incompétence.» Isaac Asimov

Il y a évidemment quelque chose qui se passe ! Depuis peu et cependant longtemps, intimidation, menace, persécution et violence rythment le débat politique de notre pays. Offense au Chef de l’Etat reproche-t-on à Me El Hadj Amadou Lamine Sall, enrichissement illicite à Me Madické Niang et Karim Wade, blanchiment de capitaux à Samuel Sarr et Aidara Sylla. Et, on lève viscéralement l’immunité parlementaire de Me Ousmane Ngom, Omar Sarr et Abdoulaye Baldé. Sans parler de l’attitude des députés qui entortillent leur mission d’immondes postures despotiques, ni du haineux discours d’Abdoul Mbaye qui, à la place de répondre de faits immoraux qui plombent ses casseroles, se borne à jeter l’anathème sur ses prédécesseurs, moins encore des allégations abusives qui prêtent à on ne sait qui l’intention d’attenter à la sécurité publique, l’on peut disserter sur l’absolutisme qui nous guette.

Tout dépend de ce que nous entendons par démocratie. Pour l’Alliance Partage et République, il y a une doctrine quasi-officielle selon laquelle la démocratie est un système dans lequel, Moi, le Sénégalais est un spectateur et non un acteur. A intervalles réguliers, j’ai le droit de mettre un bulletin dans l’urne, de choisir quelqu’un dans la classe des chefs pour me diriger. Puis, je suis censé rentrer chez moi et vaquer à mes contrariétés, consommer, regarder la télévision, faire la cuisine, mais surtout ne pas déranger : c’est la démocratie.

Le pouvoir s’évertue à écraser nos sentiments sénégalais normaux de conciliabule absolument incompatibles avec cette propension absolutiste. En réalité, ce que veut « l’intouchable » et cela depuis son élection, c’est de faire en sorte que nous soyons passifs, bêtement obéissants, ignorants et programmés. Il s’évertue à nous dresser de sorte qu’on ne le tienne pas à la gorge. La démocratie telle qu’il l’applique est devenue très claire : le pays doit être dirigé par des « yakaaristes », les autres n’ont qu’à se tenir tranquilles. Pour cela, tout ce que nous pensons doit être contrôlé, et nous devons être ainsi enrégimentés comme des soldats.

Et pourtant il dit vouloir une opposition. Mais son postulat de base emporte des significations additives. Il stipule d’une part que, dans la mesure où son accession au pouvoir est une victoire collective, les potentiels opposants ou disons les caciques socialistes d’alors dont Ousmane Tanor Dieng et Aminata Mbengue Ndiaye, les rebus socialistes : Moustapha Niasse et compagnie, les politiciens inavoués couverts du manteau de la société civile tels Alioune Tine, les opposants de fortune et les politiciens de circonstance comme Youssou Ndour, se sont rangés derrière lui. Et, sans être exhaustif d’autre parts, on peut déceler en cette assurance l’intention du chef de l’Etat d’enterrer le Parti Démocratique Sénégalais, opposition de fait.
 
Même si alors le pouvoir soutient obstinément que sa triviale politique portant suspicions d’enrichissement illicite, menace de troubles à l’ordre publique, offense au chef de l’Etat et blanchiment de capitaux n’a pas de soubassement politicien inavoué, l’on peut, à la lumière de ce qui précède, battre ce récit en brèche. Et, les justifications ne manquent pas à l’argumentaire. Il existe même une abondance de preuves à la faveur du contraire. On ne le sait que trop bien. Quand on est incapable d’utiliser la force de l’argument, l’on utilise l’argument de la force.

L’on perçoit pour ainsi dire la vengeance qui satisfait un orgueil personnel qui ne va pas dans le sens des intérêts de la nation. Même s’il faut punir les crimes économiques, encore faudrait-il qu’on nous dise avec exactitude de combien il s’agit et ce qu’on fera de la manne en question une fois recouvrée. Nul part cependant l’on nous a servi un plan, un programme, une politique quelconque qui satisferait nos angoisses.
 
Le gouvernement crie au voleur, mais demeure incapable de déterminer ce qui lui aurait été dépouillé, le montant qui lui aurait été soustrait et qui le lui aurait dérobé. Une telle plainte risque de ne pas trouver réparation et à l’évidence, nous pensons que le pouvoir actuel n’a nullement l’intention de retrouver le moindre franc, mais de contrôler ceux dont l’expérience, la connaissance des dossiers en cours, l’organisation et le militantisme pourraient mettre à nue toute insuffisance, incompétence, incohérence et errance de son régime.

Le pouvoir frise le ridicule et utilise l’argument de la force. L’article 80 est de retour. Eh oui, il y a évidemment quelque chose qui se passe !

Pierre Hamet BA

18 Janvier 2013

attractive black woman asking for silence with finger on lips on bed
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Alliance, partage et république ou and Pathio rewmi

Prague, Czech Republic. Two Horses In Old-fashioned Coach At Old Town Square.

« Entre fond et forme, la forme est la Compétence des incompétents ! » Laurent Martinez

[…] A chacun de faire comme si…

Mais voilà que, sous l’impérialisme d’un quotidien sombre, l’oisiveté et l’immolation pointent le bout de leur nez en ce début d’année 2013 qui apporte son lot de désespoir, de désillusion et de démission. Et « le boss » ne nous propose rien d’autre que de nous nourrir d’espoir : Yaakar ! Nos petites joies éphémères sont constamment calées sur de petites heures tandis que nos grandes peines sont assidûment au-dessus de notre imagination. À bien des égards, la sainte Alliance-Partage-et-République (APR) est tout simplement inquiétante. 

On se comporte comme si tout allait à merveille, comme si tous les besoins, attentes et aspirations du peuple avaient trouvé satisfaction en l’élection de Macky Sall. Tous les forts en gueule qui prétendaient se battre pour l’intérêt général comme Abdou Latif Coulibaly, Mame Adama Gueye, Mouhamadou Mbodj et Alioune Tine pour n’en citer que très peu, se sont tues, si ce n’est qu’ils prêchent pour le parti au pouvoir. Et devant nous, se dresse magistralement le statu quo. 

A la place d’une rupture qui sonnerait le gong d’une évolution sociale, politique et économique à laquelle aspire le peuple sénégalais, se déroule sous nos yeux un mode de gouvernance classique, banal, bête et méchant qui met fin à tout espoir de rupture d’avec l’ordre ancien que nous avons résolument combattu le soir du 25 mars. Le fait passe presque inaperçu. Mais à l’évidence, ceux qui nous gouvernent à titre principal sont ceux-là même dont nous ne voulions plus en 2000, las de leurs quarante années de règne paraplégique.

Voilà qui explique que nos gouvernants manquent d’audace, de créativité et d’inventivité. Au lieu de se tourner vers le futur en prenant en compte la nouvelle dynamique sociopolitique empreinte de problématiques existentielles, nos gouvernants cherchent, dans une sorte de nostalgie d’une époque révolue dont ils peinent à se souvenir, de vieilles marques, de vieux réflexes, d’anciennes servitudes à nous affliger. L’Etat tourne en rond s’il ne pilote pas à vue ! Et pour preuve la première adresse à la Nation du sieur Sall parfaitement analogue au discours d’Abdou Diouf à l’apogée de son magistère. Drôle de Président libéral ! 

Le gouvernement actuel n’a pas d’horizon au-delà du building administratif. Que serait par ailleurs une vision à la sauce Macky, Tanor, Niasse, relevée par Bathily et Dansokho, aromatisée par de nouveaux venus comme Abdoul Mbaye qui se croient investis d’une mission prophétique sinon un pêle-mêle de visions politiques qui se chevauchent sans jamais s’harmoniser ? Par un malin passe-passe politique, cette cohorte préside à nos destinées. Or, leur incompétence passée et leur incapacité actuelle à tenir une seule des promesses de campagne faites à la population Sénégalaise est devenue notoire. A beau chasser le naturel, il revient au galop. Au lieu donc de s’atteler à apporter des réponses cohérentes et satisfaisantes aux questions urgentes et prioritaires des Sénégalais, les dinosaures et les bleus au pouvoir tentent de jouer la fibre patriotique, en soutenant, non sans peine, que nos maux sont le fruit d’un crime organisé. 

La diversion est une méthode, la vérité c’est ce qui sert. Et ici, ce qui sert le pouvoir, c’est d’arriver à nous détourner vers des buts inoffensifs grâce à la gigantesque propagande animée par Mimi Touré, ministre de la justice, qui consacre un capital et une énergie énormes à nous convaincre du bien-fondé de ce qui a fini de se définir comme un acharnement contre d’aguerris adversaires politiques. 

Parce que toutes les voies qui prêchent vont dans le sens du maintien du statu quo apocalyptique, à chacun de faire comme si : comme si le gouvernement avait les moyens de ses promesses politiques ; comme si les dirigeants du PDS étaient des criminels ; comme si la justice était indépendante ; comme si l’APR était à la mesure de notre démocratie ; comme si le Macky pouvait régler les maux qui gangrènent notre quotidien ; comme si les promesses du chef de l’Etat pouvaient être tenues ; comme si la bourse familiale était une solution viable ; comme si la couverture maladie universelle dont on ne se soucie point de nous signifier le caractère universel était généralisable ; comme si la liberté d’expression n’était pas menacée  alors que le Président de la République aurait le droit de nous menacer ; comme si l’agriculture rudimentaire et à la limite moyenâgeuse, pouvait concurrencer la globalisation ; comme si la richesse de Macky Sall, à la vue de sa déclaration de patrimoine était anodine ; comme si les promesses du virtuel yakaar pouvaient triompher du réel ; comme si benno bok yakaar n’allait pas se disloquer à la veille des joutes communales ; comme si Abdoul Mbaye n’avait rien à se reprocher dans l’affaire Hissen Habré ; comme si le Sang Bleu ne coulait plus dans les veines de notre pays ; bref ! Comme si les malheurs d’aujourd’hui portaient en germe le bonheur de demain. 

10 Janvier 2013

Pierre Hamet BA

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APRES LE LONG SIECLE, LE SIECLE DE L’AFRIQUE

A intervalle régulier, il y a tout de même des siècles plus longs que d’autres. 19 Février 1919 – 19 Février 2009. Bientôt un siècle. 90 ans que, sous l’impulsion de William Dubois, se tenait à Paris, le premier congrès panafricain. En posant la question de la terre, du capital, du travail, de l’Education et de l’Etat, le congrès allait internationaliser  le problème Nègre. C’est une rupture. Une nouvelle vision s’esquisse dans l’histoire des peuples noirs. Mais où se situent donc les césures de l’histoire ? Sont-elles des fabrications mythologiques et chronologiques ? Portent-elles la marque d’un événement particulier ou s’inscrivent-elles dans le silence de la longue durée ?

 

Depuis la chute du mur de Berlin, les données géostratégiques ont changé. L’ennemi soviétique a disparu mais les dangers planent sur nos têtes. Le géostratège américain,  Zbignew Brezezinski, dans Le vrai choix soutient qu’après avoir piégé la Russie en Afghanistan, s’être proposé de désagréger la Fédération de Russie en la séparant de ses républiques du Caucase dont la Tchétchénie, pour assurer la suprématie mondiale des Etats Unis et leur mainmise sur le pétrole de la Mer Caspienne. La Russie, par la mise à feu de la Géorgie, donne un coup de frein à ces prétentions expansionnistes. Est-ce le début d’une nouvelle guerre froide ?

 

Les événements chronologiques souvent cités sont-ils les événements les plus marquants du temps des hommes ? Les batailles de Salamine ou de Zama, Bouvines, la guerre des Deux Roses, les deux épouvantables guerres mondiales ou plus récemment les deux guerres en Irak, constituent-elles des césures ? Qu’en sais-je ? Mais à coup sûr, la bataille de Tondibi constitue une rupture de l’ordre africain ancien.

 

Nous sommes en 1591, le sultan marocain Ahmed El Mansour lance une expédition contre l’Empire Sonrhaï. Elle compte plus de 10.000 hommes, Berbères et Andalous, sous les ordres de Djouder Pacha, un énuque espagnol converti à l’islam. L’armée de l’Askia se porte au devant de ces mercenaires. Elle adopte les méthodes classiques de combat en se protégeant de l’ennemi par des troupeaux de bœufs. Bouliers et lancent constituent l’essentiel de leur armement. Les mercenaires ont une supériorité de taille. Ils possèdent des arquebuses et des canons. Dés les premières salves, c’est la stupeur, le carnage et la débandade : c’est la fin d’un monde.

 

Nous avons quitté le 20eme siècle pour entrer dans un nouveau millénaire. Cela paraît grandiose tout comme le fut la fameuse peur de l’an mille qui hanta les esprits du moyen âge européen. Qu’est-ce que donc l’histoire ?

 

Une tirade du philosophe Paul Ricœur estime qu’entre l’immensité  du temps cosmique et la brièveté d’une existence humaine, l’homme a créé le temps calendaire. Semailles, moissons, récoltes, sont autant de repères qui lui permettent d’imprimer sa marque dans le déroulement grandiose du duopole Espace-temps. Chaque fait, chaque événement s’inscrit dans une trajectoire, une sorte de chronologie qui permet à l’homme de conjurer l’angoisse de la mort et de l’anéantissement. L’histoire, n’est-ce pas le temps des hommes ?

 

Pendant plus de deux mille ans, l’histoire humaine a été mise en scène, théâtralisée par une infime partie du monde : l’Europe. Elle s’est longtemps accaparée la centralité de l’histoire. Le reste du monde n’ayant été pour elle que barbarie ou, en tout cas, très périphérique. La longue lutte du monde hellénistique contre les Perses, la bataille navale de Salamine, la bataille des thermopiles, les guerres médiques, l’épopée d’Alexandre contre Darius, symbolisent, au delà du monde grec, toutes la volonté de l’aventure européenne d’imposer un ordre universel au reste du monde.

 

Au moyen âge, les Princes européens organisent des expéditions militaires – les fameuses croisades – pour délivrer le tombeau du christ des mains des « infidèles » musulmans. Dés le 15e siècle, par le fer et par le feu, l’Europe soumet le Nouveau Monde. Des millions d’Indiens, encore sous le coup de l’hébétude, sont anéantis. Des côtes d’Afrique à l’intérieur des terres, les noirs sont raflés et envoyés dans les plantations du « Nouveau Monde ». Soumis à un état servile d’enfer, ils allaient, pendant trois siècles, subir la plus grande injustice de tous les temps. La colonisation parachève l’expansion de l’Europe sur toutes les mers et les terres du monde. Il n’y a plus de terre inconnue. L’occident est désormais devenu maîtresse des destinées, du moins le croit-elle toujours.

 

Esclavage, colonisation, pillage des ressources du continent ont été le lot des Africains. Au nom du dieu Progrès, tirée d’une vision hédémoniste de l’histoire qui participe de la notion chrétienne du salut, les Européens ont colonisé l’inconscient des peuples extra-européens. Ils leur ont imprimé une marque ontologique qui débouchera sur un sentiment d’infériorité. L’Europe afficha ainsi sa supériorité : ce fût la naissance du Racisme.

 

A ce propos Edward Said, dans son œuvre majeure, Orientalism, soutient que les occidentaux ont « orientalisé » l’Orient, en ont fait une construction imaginaire, et que ces représentations ont été contrôlées et utilisées pour servir l’expansion coloniale. Pour Said en effet, « la culture européenne s’est renforcée et à préciser son identité en se démarquant d’un Orient qu’elle prenait comme une forme d’elle-même, inférieure et refoulée », écho à la phrase terrible de Sartres dans sa préface aux Damnés de la Terre : « l’Européen n’a pu se faire homme qu’en fabriquant des esclaves et des monstres ».

 

Dans la même veine, le philosophe Valentin-Yves Mudimbé pense tout aussi que l’Occident a inventé l’Afrique. Dans The invention of Africa, il dénonce « l’ethnocentrisme épistémologique » du discours occidental, et souligne combien il est difficile, pour un intellectuel africain, de sortir des systèmes conceptuels et des catégories apportées par les Européens pour définir une perspective proprement africaine. N’est-ce donc pas là, la crise ?

 

La construction d’une pensée africaine sur l’Afrique est presque devenue utopique. Visiblement c’est une crise de la pensée. Mais, cette crise de la pensée n’impose-t-elle pas une pensée de la crise ?

 

Tous les penseurs européens, de l’antiquité aux temps modernes, ont une vision téléologique de l’histoire. Il faut en conséquence dépoussiérer celle-ci.

 

Une vitalité africaine est à l’œuvre de l’histoire de la longue durée. Pendant 3.500.000 ans, l’Afrique fut aux avants postes de l’histoire. L’Egypte, mère des civilisations, a engendré le miracle grec qui, à son tour, donna naissance à la civilisation européenne. Cheikh Anta Diop et, dans son sillage, Théophile Obenga ont dépoussiéré l’histoire africaine. Tout au long du 19e et du 20e siècle,  les noirs du « Nouveau Monde »  ont résisté à l’infâme joug qui pesait sur eux. Toussaint Louverture allume le premier les flammes de la liberté. Il servira d’inspirateur à Simon Bolivar et aux patriotes d’Amérique Latine qui secouèrent le joug Espagnol.

 

De la guerre de sécession qui vît la libération des noirs d’Amérique à l’engagement des troupes noires africaines et américaines (les fameux Harlem helle fighters) sur les théâtres d’opération européens, l’Afrique et sa diaspora sont en réalité entrées dans la centralité de l’histoire non sans calendrier et programme.

 

L’Afrique, à peine libérée de l’impérialisme, subit le poids de la balkanisation, puis du néo colonialisme avec son cortège de coups d’Etats fomentés par des centurions formés à l’école coloniale. Dans les enjeux de la guerre froide dont les répercussions sur le continent Noir sont considérées avec mépris comme des conflits de basse intensité, l’Afrique fait l’objet de convoitises du fait de sa position stratégique et de ses ressources considérables.

 

Un métis, de père africain et de mère blanche américaine, a été élu Président des Etats-Unis. L’Amérique a subi une révolution. Après la guerre de Sécession, Pearl Harbour, la Nouvelle frontière de Kennedy, la guerre du Vietnam, c’est une nouvelle césure dans l’histoire américaine.

 

Sommes-nous entrain de quitter la conception Westphalienne de l’histoire née aux lendemains de la Guerre de Trente ans, et qui remembre l’Europe dans un gigantesque  maelstrom d’intérêts étatiques, dynastiques, religieux qui ne put, ni mettre fin aux guerres qui ravageaient l’Europe, ni établir les vraies règles d’un projet de paix perpétuelle comme le suggérera Emmanuel Kant plus d’un siècle et demi plus tard ?

 

Il y a 53 Etats en Afrique. Mais mon sentiment est que l’Union Africaine ne pourra jamais s’appuyer sur des Etats-nations. Le fait est pourtant saillant. En Afrique, les Etats ont précédé les Nations. Les déchirures meurtrières actuelles ne participent-elles donc pas de la construction-reconstruction de futures nations, complètement différentes de l’amalgame de peuples qu’on a voulu mécaniquement ériger en Nation au lendemain des indépendances, comme si Berlin était un décret divin ? L’Union Africaine, telle qu’elle est présentement développée est un placage de modèles qui ne ressemblent pas à l’Afrique. Une piste judicieuse pour elle pourrait être le modèle de l’Union Indienne.

 

Du point de vue mondial, le diagnostic pourrait être le suivant : il faut surveiller de près l’évolution d’une perspective de monnaie unique Yen-Yuan entre le Japon et la Chine. Cette dernière veut être le moteur surpuissant de l’union à venir. Si un tel partenariat venait à naître, les Corées ne pourraient que s’y joindre et l’on aurait un bloc redoutable à bien des égards. Les Etats-Unis sont acculés en Irak et n’ont pas réinventé les solutions du futur. En effet, la vision du progrès impulsé par la haute technologie et pensée par le monde anglo-saxon est le produit d’une école fonctionnaliste à laquelle on ne peut adhérer. La conflictualité n’est pas un problème de technicité mais de diversité. Il y a une pensée qui considère qu’il n’y a pas de problèmes globaux, donc pas de solutions globales à rechercher.

 

Faut-il alors désespérer de l’Afrique. On dit qu’elle est le continent le plus pauvre, que famine, sida, grandes endémies et guerres civiles l’affectent. Tout cela est vrai mais n’oublie-t-on pas une chose ?

 

Sa vitalité humaine, sa jeunesse à l’assaut d’un Nouveau Nouveau Monde, l’enthousiasme et la foi des ses peuples qui ont une vision optimiste de la vie et des choses du monde, ses immenses ressources et demain, son unité n’ont feront-ils pas le centre de décision du monde. Mais faudra une stratégie à l’échelle du continent. Le chancelier Bismarck, en voulant réaliser l’unité de l’Allemagne, avait une stratégie. L’empereur Teno, en lançant  l’ère Meiji en avait une. Mao Tsé Tung, en entrant à Pékin le 1er Octobre 1949, avait une vision de la Chine élaborée depuis les grottes de Yenan revisée par Deng Tsiao Ping avec ses quatre modernisations. L’Afrique a-t-elle des géostratège capables d’enfanter autre chose que d’innombrables plans mort-nés ?

 

Le 20e siècle a été le siècle le plus long de toute l’histoire de l’humanité. Il a potentialisé et condensé tous les ingrédients contenus dans les chaudrons de la préhistoire, de l’antiquité, du moyen âge, de la Renaissance et des temps dits modernes. Le 20e siècle a  produit plus de progrès qu’en plus de 4 millions d’histoire humaine. Il n’a cependant pas été bénéfique à l’Afrique et aux peuples Noirs. Et voilà qu’arrive le siècle court, le siècle de l’Afrique, le 21e siècle.

 

Mais enfin, sommes-nous entrain de rêver ? Est-ce de l’utopie ? Ou, est-ce tout simplement la traduction d’une nouvelle forme de conquête d’un Nouveau Nouveau Monde qui prend naissance sous nos yeux sans que nous n’en soyons conscients, indignés par le spectacle des pirogues de fortunes ?

Pierre Hamet BA

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ANTICONSTITUTIONNELLEMENT

« Exposez gravement, devant des personnes non averties, que la grosse est une expédition particulière de la minute, et l’auditoire se demandera quel est l’établissement psychiatrique le plus adapté à votre cas ». (Jean-Pierre Gridel, « Introduction au droit et au droit français.» p. 23. Dalloz-1994). Ce n’est pas singulier : le droit parle droit. Et on semble ne point se soucier de l’interprétation qu’en fait son objet, c’est-à-dire le citoyen. Or, « La plupart des occasions des troubles du monde sont grammairiennes. Nos procès ne naissent que du débat de l’interprétation des lois; et la plupart des guerres, de cette impuissance de n’avoir su clairement exprimer les conventions et traités d’accord des princes. » Montaigne, place ici (Essais, II, 12, « Apologie de Raimond Sebond ») l’interprétation au centre de la problématique du langage et de la communication, fait majeur de l’existence humaine qui a traversé de part en part toute l’histoire de la philosophie. En effet, comment avoir certitude de l’exactitude de l’interprétation que nous faisons des usages de la langue ? La compréhension que nous avons d’un discours, qu’il soit écrit ou oral, quand bien même nous semble-t-elle instantanée, emprunte cependant un chemin sinueux dans un vaste champ complexe de possibles interprétations. Le sens que nous donnons en définitive avec le plus grand souci d’exactitude peut malheureusement s’avérer quelque fois impropre. Qu’entendons-nous dès lors, ou que comprenons à l’énoncé du mot « anticonstitutionnellement » ? Est-ce le mot le plus long de la langue française ou alors un attribut caractérisant une démarche contraire à la constitution ? Dans ce dernier cas cependant, la compréhension ne suppose-t-elle pas au préalable la connaissance du mot « constitution » ? Mais comment connaitre le mot « constitution » en ne se référant pas à un dictionnaire et à l’opposé, comment avoir certitude de le connaitre sachant qu’« entre les formes effectivement rencontrées en discours et la nomenclature du dictionnaire le plus riche, subsiste un abîme impossible à combler, qui fait du dictionnaire un objet particulièrement décevant. » (J. Rey-Debove, 1971). Si donc la compréhension d’un seul terme de la langue française posent autant de questions, qu’en sera-t-il alors de ceux pour qui, d’emprunt, le français est passé langue officielle dans leur pays. Quelle compréhension peuvent-ils avoir d’un discours en français sachant que l’interprétation, travail de pensée qui consiste à déchiffrer le sens apparent, à déployer les niveaux de significations impliqués dans la signification littérale si on s’en réfère à Paul Ricœur, est d’abord et avant tout une affaire d’imaginaire et donc fait appel au royaume des sens cachés, des sen multiples, dans leur contexte originel et culturel ? Le symbole est pour ainsi dire le corollaire de l’interprétation. D’où devient nécessaire la connaissance et l’étude du monde symbolique et de l’univers de référence et de sens à interpréter. « En d’autres termes, la qualité de l’interprétation dépend des fonds de mémoire d’une communauté de même tradition. Ce qui présuppose, si l’on suppose, une certaine connaissance des structures symboliques, spécifiques de ce cadre dans ses différentes dimensions intellectuelles, socio-historiques et politiques » (B. Badji « La Folie en Afrique, une rivalité pathologique », Ed. L’harmattan, 1993). La connaissance des structures symboliques ouvre ainsi la voie au royaume des sens qui indique de manière pratiquement absolue, les conditions dans lesquelles se structure le discours. La langue est pour ainsi dire fondamentalement culturelle. Elle puise ses racines dans le substrat imaginaire communautaire et échappe le plus souvent à la maitrise de ceux qui ne participent pas de sa communauté propre. Comment alors lire et comprendre le droit écrit et exercé dans la langue française et s’appliquant à des peuples qui n’ont le plus souvent aucune notion de ce qu’est ou de ce que n’est pas la culture française ? Trop de gens restent enfermés dans l’ignorance de ce qu’est la liberté et en souffrent sans véritablement savoir que ce n’est qu’à cause de leur méconnaissance ou de leur manque de maîtrise de de la langue française. En d’autre termes, n’est-il pas anticonstitutionnel d’exercer le droit envers un justiciable qui ne participe pas du royaume de sens de la langue par laquelle le droit s’applique à lui ?

 

Il semble toutefois qu’il y ait un esprit du Droit. Une façon en quelque sorte générique et quelque peu générale de lire et de comprendre le droit. A moins donc d’être juriste, on ne pourrait ni comprendre, ni disserter sur un texte de loi, pis, exprimer sa pensée de simple citoyen, quelle qu’elle soit, sur une question de droit telle la constitution. A plus d’un titre, ce postulat évoque ce que Richard Rorty a appellé l’axe Platon-Kant, tradition dominante au sein de la philosophie occidentale. A quelques différences d’expressions près, Platon et Kant ont défendu l’existence de critères de qualité universels et fixes, supposés valides en tout temps et tout lieu. Platon parlait d’universels objectifs ; Kant, d’universels subjectifs. Mais l’idée commune consiste en ce que les jugements corrects reposent sur une perception correcte des universels et les jugements incorrects sur une mauvaise perception. Les valeurs absolues, de ce point de vue, seraient innées chez tous les êtres humains, identiques en tout temps et tout lieu, présentes dans ce que Platon appelait l’œil de l’âme et Kant la faculté du jugement ou le Goût. Cependant, on peut au moins opposer à cette conception de la valeur, l’idée que même si la valeur, se rapportant à la Raison, est universelle, le raisonnable, se rapportant à l’utilisation de la raison, est quand à lui, culturel. On le voit bien avec Hegel qui, dans la métaphore du Soulier, soutient que même si nous portons tous la mesure d’une chaussure, nous ne serions pas tous capables de faire une chaussure quand bien même nous disposerions de tous les matériaux nécessaires. Cela évoque d’une part l’utilisation de la raison et d’autres parts, l’environnement même qui la stimule. D’aucuns développent leur raison dans bien des choses, et d’autres pour de multiples raisons la développent dans bien d’autres choses. Est-ce cependant suffisant pour exclure, hors de la culture, dans la nature donc, tous ceux qui développent leur raison dans bien des domaines si nécessaires à l’accomplissement de l’Humain sur terre ? N’est-ce pas par ailleurs le cas dans le domaine du droit où l’on tente d’exclure la majorité des sujets du droit hors de la Raison du Droit en réservant aux seuls initiés des facs de droit le délice de la compréhension des textes de loi comme s’ils étaient les gardiens d’un ordre divin dont il sied de protéger les secrets.

 

Parce que le droit donne un sens particulier à certains termes (Gérard Cornu.1990), il y a bien évidemment un langage caractéristique du droit. Une « ordonnance » est, dans le vocabulaire courant, l’écrit comprenant les prescriptions faites par un médecin; une ordonnance juridique est, si l’on se situe en droit constitutionnel, un acte fait par le Gouvernement ayant valeur de loi, mais est également une décision prise par un juge unique en droit privé. Le vocabulaire du droit est pour ainsi dire un vocabulaire tout à la fois précis et technique. Mais à quoi tiennent cette technicité et ce souci de précision du langage du droit ? Est-ce pour rendre précis et compréhensible le sens juridique auquel se rapporte les phénomènes exprimés, ou est-ce alors pour faire échapper le droit à la langue qui en constitue le vecteur ?

 

Parmi tous les mots du dictionnaire de la langue française, pour le cas qui nous concerne, il n’y en a qu’un peu plus de dix mille auxquels le droit a donné un ou plusieurs sens juridiques et environ 400 mots qui n’ont pas de sens autre que juridique (G. Cornu. 2005). Etrangement ces mots sont loin de renvoyer aux notions les plus fondamentales du droit. Certains mots ont un sens juridique mais aussi au moins un sens non juridique. Il faut cependant les distinguer selon que leur sens juridique est leur sens principal (mots-clés du droit), ou alors leur sens secondaire (cas le plus fréquent). Dans le cas où il s’agit de leur sens secondaire, une deuxième distinction s’opère selon que ces mots gardent ou non le même sens dans le langage courant que dans le langage juridique. On voit pointer ici la complexité du langage du droit qui n’est pas de nature à simplifier son expression. Et pourtant, parce que le juste est précisément l’apanage du droit, son expression ne doit souffrir d’aucune ambigüité. Le discours du droit pour qu’il puisse s’appliquer convenablement doit utiliser un langage accessible. Le vrai sens du discours du droit doit être saisi et compris par tous, d’où la nécessité, pour chaque situation exprimée, de trouver dans le vocabulaire de la langue, les mots capables de l’exprimer sans nuance et sans aucune possibilité de confusion. Pour satisfaire à l’exigence du juste, le droit doit trouver le moyen d’exprimer des situations inédites que la langue elle-même n’exprime pas du tout, sinon qu’elle l’exprime avec ambigüité. Cette exigence du droit est aussi la source de l’existence, au sein de la langue, de termes qui n’ont de sens qu’exprimer dans le droit. Ces termes ont ceci de particulier qu’ils ne contiennent pas seulement un sens juridique. Ils comportent également une valeur. C’est le couple Sens-valeur qui constitue la charge juridique des termes du droit. La valeur en tant que tel est donc une potentialité lexicale qui évoque le paysage lexical dans lequel le terme considéré peut être employé sans aucune ambigüité. La connaissance du paysage lexical ouvre donc la porte à la compréhension des textes de droit puisqu’un même terme peut présenter différentes valeurs, se rapportant aux différents sens de ce terme ou même à un seul sens. Quand bien même la langue est donc principalement le vecteur du droit qui y puise les éléments de son expression et de sa compréhension, elle ne satisfait pas pleinement aux exigences du droit. Droit et langue entretiennent pour ainsi dire des liens tout à la fois étroits et ambigus. S’il existe alors un langage du droit qui semble inaccessible, aussi technique que complexe qu’il puisse être, sachant que chaque terme juridique a une signification particulière dont l’emploi fait l’objet de multiples complexités, il est tout de même partie intégrante de la langue. La complexité du langage du droit n’a pas fonction de rendre inaccessible le droit, bien au contraire, elle participe de sa précision. Ce qui parait alors représenter un obstacle fort repoussant, doit cependant être surmonté par le citoyen pour arriver légitimement, en tant que sujet du droit, à comprendre le droit.

 

Le discours du droit, mise en œuvre de la langue, par la parole, au service du droit, est, en conséquence, tout à la fois un acte linguistique et un acte juridique. En tant que tel il est l’une des manifestations les plus complexes et les plus fascinantes du phénomène linguistique. Toute tentative d’interprétation de ses divers objets ne peut donc que contribuer à jeter quelques lumières sur les mécanismes de son élaboration et de son expression, tout particulièrement lorsqu’il est soumis à l’éclairage cru de la froide logique grammaticale qui peut, à la limite, lui faire retrouver sa dignité et sa noblesse linguistique premières. Car si le texte de droit sensé légiférer l’existence humaine comporte en son sein une erreur grammaticale alors, le droit en ne présentant que les belles facettes de la singularité de son discours, dépourvues, cependant, de contenu grammatical apparent, laisse entendre que le droit qui a produit une telle complexité, est, lui aussi, beau, et, lui aussi manque de contenu grammatical caché. Mais si après tout, le droit qui a produit un tel langage n’est, en réalité, pas aussi joli, alors son langage doit porter en lui un mensonge, de la même manière dont Blake dit que la rose porte en elle un ver. Donc, la critique, autrefois enchantée par la beauté de la rose, doit maintenant aussi s’intéresser au ver. Et ce parce que, de la naissance à la mort, toute notre vie, que ce soit la naissance, le mariage, le décès ou l’acquisition de biens et de services, nous sommes confrontés à un vaste réseau d’actes et de faits juridiques qui nous accompagne au jour le jour. Que se passe-t-il alors quand, confronté à autant de faits créateurs d’obligations juridiques, nous ignorons, comprenons à peine, ne comprenons pas du tout ou alors ne saisissons les rouages et les subtilités de la langue qui exprime le droit ? Et pourtant le dit-on souvent par ailleurs, « nul n’est sensé ignorer la loi ». Mais comment ne pas ignorer la loi si nous ne savons pas la lire ou alors si aucune action n’est entreprise pour que nous la saisissions ? N’est-ce donc pas là une aberration que de soutenir telle assertion ? Puisque dans des pays comme le Sénégal, ayant adopté une langue étrangère comme langue officielle, le citoyen, qu’il soit instruit ou pas, qu’il parle français, le comprenne ou ne le comprenne pas du tout, n’est ni bénéficiaire de circonstance atténuante, ni exempt de condamnation juridique. Et  pourtant il traîne bien un handicap vis-à-vis du droit, celui de n’avoir pas été à l’école française. Ce dont il est ici question n’est pas un défaut d’éducation mais un défaut de langue, celle de l’éducation nationale. Or, l’éducation est une obligation de l’Etat en tant qu’elle participe à la formation du citoyen. Comment alors l’Etat peut-il réclamer le Droit sans pour autant se soucier d’accomplir son devoir ? Dès le départ on sent tout de même qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Car si tant est que le citoyen ne comprend pas la langue dans laquelle est écrite et exercée la loi, comment peut-il être sous le joug d’une justice qu’il ne peut, de toute manière, qu’ignorer. Mais là, on lui oppose ordinairement l’assertion « nul n’est sensé ignorer la loi. » Mais là aussi, il est à noter qu’une telle assertion n’a pu être produite que dans des pays où la langue officielle est la langue nationale. Cela va de soi car la langue et le droit entretiennent une relation forte et entretenue. Même si certains s’empressent de soutenir qu’il existe un langage du droit, force est de reconnaitre et nous le verrons plus loin, que le droit, ce sont aussi des mots. La langue étant par excellence le véhicule d’un imaginaire culturel et donc d’une certaine socialité, d’un ensemble de codifications, d’us et de coutumes, on peut en conclure que l’ordre juridique, formulé par la langue, est en conséquence un ordre social et un ordre linguistique car lié aux textes juridiques de nature écrite ou orale. Certains auteurs vont même jusqu’à voir dans l’ordre juridique un ordre rationnel contenu dans l’ordre social (M. Weber, Sociologie du droit, Paris, 1986). Pour A. Aarnio, (Le rationnel comme raisonnable, La justification du droit, Paris, L.G.D.J., 1992) la rationalité juridique (l’acceptabilité rationnelle) est une rationalité communicationnelle fondée sur la confrontation des arguments voire l’inférence juridique. Pour lui, l’ordre juridique doit dépendre des justifications qui prennent ancrage dans la réalité sociale pour garantir la sécurité juridique du justiciable. On peut dès lors aisément en déduire que l’ordre juridique reflète la norme sociale d’un point de vue synchronique ou diachronique et intègre sa rationalité. Dans des pays anciennement colonisés, il y a donc de fait une nécessité essentielle à aller au-delà des prédicats et des concepts juridiques d’usage et à saisir le fondement même d’une justice équitable. En dehors de la méconnaissance ou du manque de maitrise de la langue, ce dernier postulat pouvant tout aussi être valable pour des juristes avérés, il y a une autre problématique tout à fait inhérente aux États importés (B. Badié, L’État importé, Paris, Fayard, 1992.). Les langues étrangères, quand bien même officielle ou officialisée, dissémine des axiologies juridiques modernes hérités des anciennes colonies. Le fait est d’autant plus appréhensible que les situations juridiques sont éminemment des situations sociales.

 

En définitive, et il est aisé de s’en rendre compte, le citoyen qui parle et comprend le français à un avantage comparatif sur celui qui n’a aucune notion de ce qui se dit dans la salle d’audience alors même qu’il est entrain d’être jugé d’une infraction ou d’un délit dont on ne s’est point soucié de savoir s’il en a saisi la quintessence même ou s’il était effectivement informé de la nature des faits qui lui sont reprochés au moment même où il les accomplissait. Or, le droit doit s’appliquer de la même manière à tous les citoyens. D’où l’épineuse question de savoir comment arriver, dans nos pays, à l’exercice d’un droit qui satisferait le principe fondamental du droit : l’équité.

 

« Nul n’est sensé ignoré la loi » d’accord. Mais de là à dire que tous les citoyens des pays dont plus de la moitié de la population ne comprend ni ne parle la langue officielle, doivent se mettre aux pas d’un ordre juridique quelque peu importé et entièrement exprimé dans une langue étrangère totalement et étrangement étrangère, il y a tout de même un saut. Le principe d’équité des citoyens devant la loi pose donc un problème dans nos pays nouvellement indépendants. Seul un petit cercle de « privilégiés », ceux qui parlent et comprennent la langue officielle, a la chance de pouvoir mener son existence conformément au dit droit. Et au sein de ce petit cercle, il existe un petit royaume de sentiments, dont on dit que les sujets sont seuls aptes à discourir et à saisir le sens profond des textes de loi. Comment alors oser même prononcer ce « nul n’est sensé ignorer la loi ». N’est-ce donc pas là un curieux paradoxe ? Le langage du droit ne doit-il pas, dans une certaine mesure, être celui de tout le monde puisque le langage du droit s’adresse au premier chef au citoyen, au justiciable, à l’administré, à la collectivité, c’est-à-dire à tout un chacun ? La compréhension du droit doit-elle être réservée à une élite royale triée sur les bancs des facultés de droit, seule apte à entendre le langage juridique ? Et en définitive quelle assurance peut-on avoir que cette élite, détentrice d’un quelconque diplôme de droit et donc supposée professionnelle du droit, a une pleine maitrise de la langue avec laquelle elle est sensée exercer le droit ? Que savons-nous alors de la façon dont elle lit et comprend le droit si dès le départ leur niveau de langue est à même de souffrir d’imperfection ? Même si elle est tenue d’avoir connaissance et de maitriser les termes propres aux différents domaines du droit, qu’advient-t-il lorsque qu’il ne s’agit dans un texte de loi que de maitrise et compréhension de la langue ? Interrogation on ne peut plus déplacée, nous le concédons, mais le fait constant demeure en ce que dès qu’il s’agit du droit, l’usage que les juristes font de leur raison se pose radicalement comme un universel immuable, tout autre usage devenant de fait contre nature, voire absurde. Le raisonnable des juristes se posent comme la norme à partir de laquelle analyser tout acte de droit. Puisque « nul n’est sensé ignorer la loi », la Raison du Droit est dans l’ordre de cette croyance le dénominateur commun des humains. Le raisonnable ne se rapportant qu’au bon sens du droit, seulement valable dans les limites même du droit, serait dans le même ordre d’idée, la chose la mieux partagée. Ainsi, toute vue sur le droit, fut-elle d’un quelconque citoyen, qui sort du cadre du raisonnable juridique prétendu prédéfini et partagé par tous les humains, se voit de la sorte qualifié d’absurde. Or, le bon sens au sens de la Raison du Droit n’est pas en soi une valeur universelle. Il n’est valable que dans les limites de l’imaginaire linguistique qui définit ce qui pour elle, participe de son bon sens ou pas. Dans une autre communauté linguistique au même moment ou au sein de la même communauté linguistique à un autre moment, tout à fait le contraire de ce qui participe à ce moment même du bon sens juridique pourrait valoir de bon sens juridique et sera, dans les limites de cette communauté linguistique, valable et valable de la même manière. « Cogito ergo Sum » Oui ! Mais cela n’exprime et ne permet point d’appréhender le rapport entre la raison et le raisonnable. La Raison est naturelle, c’est la faculté de discernement. Le raisonnable est culturel, c’est ce que les usages linguistiques imposent à la raison naturelle de discerner des attitudes communautairement considérées déraisonnables. N’est-il donc pas déraisonnable que la compréhension des principes fondamentaux d’une Nation par exemple dans le cas de la Constitution ne soit saisie que d’une infinitésimale poignée de citoyens ?

 

La constitution est la loi principale. C’est en tout cas l’idée qu’on en donne. En tant que telle, elle jouit d’une vue globale et presque infaillible sur la société. Elle est globale dans la mesure où elle prend en charge tous les aspects de la vie ;  totale parce que sans exception de race, de sexe ou de religion, elle s’adresse à tous les citoyens, et enfin, suprême parce qu’elle préside à toutes les autres lois. Sa construction juridique est souvent rigide et on est même aller vers ce qu’il y a de plus rigide dans la rigidité en voulant la figer dans le temps comme s’il s’agissait d’une vérité absolue à laquelle on ne peut apporter ni additif ni correction. Mais comment appréhender l’idée d’une loi suprême qui s’imposerait à l’homme, supérieure à toutes les autres formes de loi sans que ce ne soit d’une divine émanation ?

 

L’idée d’une construction juridique absolue, immuable, rigide et valable en tout temps et en toute circonstance a toutes les chances d’être un dogme. Parce qu’elle fige le droit en même temps qu’elle fossilise la nature humaine et suggère que l’Etre ne peut, dans le déroulement du duo-pôle espace-temps, évoluer et transformer son environnement. Or, il est difficile de croire que l’humain ait un contenu statique. Il y a même une abondance de preuves en faveur du contraire. Si alors le droit doit être considéré comme une vérité immuable alors que l’idée de ce qui est conforme au droit peut changer d’âge en âge en fonction du dynamisme de l’Etre, alors il faut s’attendre à ce que, un âge ou un autre, le droit ait tort. Puisqu’aucune époque passée n’a eu tout à fait l’idée du droit qui prévaut aujourd’hui, il devrait s’ensuivre ou bien que nous ayons tort dans tous nos jugements, ou bien que toutes les époques passées se soient trompées ? Evidemment, cette dernière hypothèse va dans le sens d’une croyance qui implique que toutes les époques passées s’efforçaient de devenir ce que nous sommes. Pourtant il est vraiment difficile de prétendre que les gens du passé se trompaient quand ils vivaient leur vie sur terre comme nous vivons maintenant la nôtre ? Si d’un autre côté, nous admettons que le droit est relatif et qu’il change avec le temps, alors, nous pouvons considérer que chaque époque a raison en son temps et à sa manière.

 

Admettant ainsi que nous prenons pour des normes de valeurs objectives ce que nous avons été conditionnés à prendre comme telles, il devient dès lors aisé d’admettre que le droit se meut dans un réseau culturel complexe et dynamique. Outre l’influence de la culture, il y a des facteurs comme la classe sociale, l’appartenance ethnique, la région. Le sexe, l’âge, la santé mentale et physique aussi sous-tendent et façonnent la nature dont le citoyen se rapporte au droit. Même au sein de groupes relativement restreints et bien définis, comme disons les membres d’une seule et même famille, il y a des différences de comportement vis-à-vis des normes établies qui reposent sur des formations individuelles névrotiques. Le désir de l’un d’être en accord avec la loi, le désir d’un autre d’être en désaccord, et ainsi de suite. On voit bien ici que même le conditionnement n’implique pas que tous les membres d’une communauté seront d’accord avec la loi comme des robots programmés. Le conditionnement ne fait que limiter le riche ensemble des options disponibles au sein d’une communauté donnée. Puisque l’ensemble des options mentales d’une communauté change sans cesse et est toujours disponible pour des modifications, il est important de reconnaître que le conditionnement peut-être modifié et assoupli.

 

Il y a cependant une seconde approche de la question non plus à travers l’histoire mais en termes de communautés dans le même temps. Ici encore on voit des variations locales frappantes dans la notion du droit. L’idée de ce qui est conforme au droit change de Ndioum à Ibel. Il s’en suit les mêmes alternatives que précédemment : ou bien certaines communautés ont raison et d’autres ont tort, ou bien que le droit n’est pas une vérité immuable mais une réalité subjective projetée sur l’environnement. La solution classique, caractéristique du législateur, consiste cependant à dire que toutes les vues, à l’exception de la vue du législateur, ont tort si elles ne se conforment pas à l’esprit même du législateur. Pour être objectif plutôt que subjectif, un tel jugement devrait être formulé depuis quelque lieu extra-communautaire jouissant d’une vue claire sur toutes les vues, y compris sur la vue du législateur, une vue inaccessible à l’intérieur d’une de ces vues. A l’évidence aucun point de vue de cette sorte n’est accessible aux êtres humains. La position qui s’impose donc consiste à dire au contraire que la réalité du droit change de communauté en communauté, comme elle le fait d’époque en époque, et qu’aucune conception du droit propre à une communauté ou à une époque ne peut prétendre à une validité totale. Puisqu’aucun ensemble de preuves observables n’a jamais été apporté en faveur de l’idée de droit immuable, il ne peut y avoir d’échappatoire à la position précédente, sauf à prendre ses désirs pour la réalité.

 

L’idée d’une loi suprême au contenu invariable qui s’imposerait à toutes les autres normes juridiques ne peut évidemment être que religieuse. Dès lors, on peut s’interroger sur la prétention des Constitutions modernes à constituer et à instituer un Etat comme si celui-ci avait une validité donnée ou universelle. Cela implique une conception totalitaire, artificialiste du droit qui n’est jamais remise en cause. La prétendue suprématie ou encore le caractère ultime des Constitutions au sens formel doit être remis en cause. Le droit ne peut s’arrêter à une norme posée par la volonté humaine. Car si l’on admet que le droit ne peut exister que s’il existe déjà du droit, la Constitution, si tant est que son objectif est d’être positive, ne saurait avoir de valeur juridique qu’à condition d’avoir été produite en vertu d’une norme qui lui est supérieure. Sauf à concéder que la validité de la Constitution et de l’ordre juridique qu’elle instaure n’est pas justifiée, cette norme doit bien exister. Or, il est impossible de décrire phénoménalement cette norme. Il n’existe pas au sein de l’histoire de norme supra ou métaconstitutionnelle qui ait été posée par quelque organe compétent. Il doit donc exister une norme située au-dessus de la Constitution qui n’a pas de réalité empirique (notamment linguistique) tout en étant juridique. Hélas, ce problème est tout simplement écarté par les juristes.

 

De ce qui précède, on peut dès lors dépouiller la Constitution de ses allures dogmatiques et ne la considérer autrement que comme une œuvre humaine comparable, selon sa catégorie, à n’importe qu’elle autre œuvre humaine. Elle peut avoir raison comme elle peut tout aussi avoir tort suivant qu’on se situe dans le temps, dans l’espace, au niveau sociale et même suivant notre classe sociale, notre ethnie ou la région dans laquelle nous menons notre existence. Il s’ensuit que, du point de vue de sa forme, la constitution n’est ni le Coran, ni la Tora, encore moins la Bible. Elle est un texte comme tous les autres textes, écrit dans une langue : le français, dans le but d’être lu et compris par une cible : en l’occurrence ici, les citoyens. Il est donc de bon usage qu’elle soit claire, précise, concise et compréhensible. Car, à quoi bon s’adresser à une cible tout en rendant son discours inaccessible à la cible elle-même ?

 

Dans le fond, la Constitution est un texte, dit-on, fondamental qui organise et régente la vie de la Nation. En tant que tel, la connaissance et la compréhension de la langue ainsi que la maitrise du contexte de langage sont des éléments de nature capitale qui sont la seule solution pour que le juriste puisse employer le bon mot au bon moment. Cette connaissance de la langue est d’autant plus primordiale qu’un terme peut avoir une toute autre signification en droit que dans le vocabulaire courant, mais peut également avoir une autre signification en fonction de la matière juridique concernée. Ensuite, puisque que la constitution cherche à informer, inciter, autoriser, interdire, convaincre, elle est un acte de langage (John L. Austin – 1962) parce qu’elle cherche à agir sur son environnement. En tant que tel, elle est : a) un discours qui doit revêtir un caractère grammatical conforme aux normes et usages de la langue dans laquelle elle est écrite ; b) un discours juridique puisqu’elle est la mise en œuvre de la langue, par la parole, au service du droit.

En définitive, la Constitution est, tout à la fois, un acte linguistique et un acte juridique. Sa rédaction doit donc répondre à une certaine logique. D’abord s’agissant des « sujets du discours », en fonction de la réponse à la question quels sont les émetteurs et les récepteurs du discours ? Ensuite s’agissant du « type de message », en fonction de la réponse à la question quelle est la finalité du discours ? Enfin s’agissant du « mode d’expression » : Quelles sont les règles grammaticales à respecter pour transcrire l’esprit en lettres ?

 

C’est à cette dernière interrogation que les rédacteurs de la constitution  de la République du Sénégal (celle de 2001) n’ont pas pu apporter de réponse cohérente et satisfaisante. La problématique de la candidature de Mr. Abdoulaye Wade alors président de la République du Sénégal, avec deux mandats à son actif, dont d’aucuns estimaient que la constitution ne lui permettait pas de se représenter et d’autres bien le contraire, résulte d’une très mauvaise utilisation de langue. Par conséquent, quand bien même les juristes se soient en long et en large épanchés sur la question, ils n’ont pas pu apporter la solution à la question. C’est que le fond du problème n’est pas juridique. Il est jurilinguistique. Et, parce que, comme nous l’avons dit plus haut, tout ce qui touche au droit est réservé à l’élite du droit, on a manqué de donner la parole aux professionnels de la langue. Or, il aurait juste fallu se rendre compte que le droit ce sont aussi des mots, pour avoir le réflexe salvateur : questionner la langue avant de questionner le droit car la problématique de la candidature de Wade se posait en une double interrogation à savoir d’une part, « Wade peut-il se présenter ? », question qui porte le débat dans le domaine du « Pouvoir » et donc sur la légalité de la candidature (le droit) ; et d’autre part, « Wade doit-il se présenter », interrogation qui porte le débat dans le domaine du « Devoir » et donc de la philosophie morale et politique (la langue). Et en philosophie, le drame consiste en ce qu’il ne saurait y avoir de dénominateur commun quand à la réponse à la question « qu’est-ce que la philosophie ? ». En conséquence la question du « Devoir » conduit à des réponses subjectives qui ne sauraient faire foi en termes de « Droit ». On voit donc pointer ici toute la complexité de la problématique. Malheureusement, la question du « Devoir » a été la seule à être fondamentalement traitée. Et on y est allé fort en essayant même d’en faire le fondement intrinsèque du raisonnement portant sur la question du « Pouvoir ». D’aucuns se sont ainsi égarés en cours de route car le subjectivisme ne peut valoir en aucun cas, dès lors qu’il s’agit d’apprécier un texte de Loi. Or, il aurait juste fallu se rendre compte que sur la question du « Devoir », autant on peut détester Wade, autant on peut aussi aimer Wade. Le droit que s’arrogent les détracteurs de Wade  ne devait avoir d’équivalent, aux yeux de ces mêmes détracteurs, que le droit de défendre Wade que s’arrogent ceux qui l’aiment. Donc à la question du « Devoir » qui se traduit par « Wade doit-il se présenter ? », on ne saurait arriver à un dénominateur commun. La seule perspective qui s’offrait dès lors, consistait à départager les citoyens par les urnes. Ce qui fut le cas. Ce qui est tout de même déplorable c’est que personne n’ait pris le soin d’interroger la langue pour se rendre compte par ce procédé qu’il y avait et qu’il y a encore, car la constitution n’a pas encore été révisée, une incartade, un mauvais usage de langue, à la limite une grossièreté de la part des rédacteurs de la constitution. La mauvaise maitrise de la langue dont ils ont fait montre n’a d’égale que la décadence linguistique caractéristique des universitaires qui se complaisent de plus en plus dans un rôle monotone de fonctionnaires corporatistes et répartiteurs d’une mécanique intellectuelle.

 

PIERRE HAMET BA

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Le Sénégal et le Monde : Comprendre la Géopolitique Sénégalaise

Au fil des vingt dernières années, le monde bipolaire de la guerre froide est peu à peu devenu un monde multipolaire, voire même, apolaire. L’émergence des pays comme la Chine, l’Inde et le Brésil remet en cause la puissance occidentale notamment celle des Etats Unis et de l’Europe. Quand bien même les Etats-Unis restent la première puissance militaire, la Chine est devenue une puissance économique. L’Europe, berceau des Lumières et de son ancienne puissance coloniale, prend de l’âge et tend à prendre sa retraite. Qui seront les nouveaux acteurs de demain ? Qui va influencer les tendances géopolitiques futures ?

 

La fin de l’année 2010 a été marquée par une croissance économique chinoise exponentielle. Sa monnaie, le Yuan, dont son taux est artificiellement bas, lui permet de s’enrichir avec son commerce extérieur. Ses exportations en Europe et aux Etats Unis lui offrent un pouvoir économique concurrentiel intelligemment maintenu. Dernièrement, la Chine cherche à se positionner militairement en maître face à la flotte américaine pour le contrôle des zones maritimes avoisinant son territoire. Un défi est pour ainsi dire lancé dans le rapport de force entre la Chine et les Etats Unis pour les décennies à venir. Mais la République Populaire détient la plus importante dette américaine en bon du trésor (800 milliards de dollars). Dans Le Monde Diplomatique de janvier 2011, Mme Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat des Etats Unis, semble s’inquiéter de la dette détenue par Pékin en posant la question de savoir « Comment négocier en position de force avec son banquier ? ».

 

En Asie Centrale, l’Afghanistan s’insère dans une stratégie internationale où les grandes puissances y trouvent un intérêt économique et politique. L’Union Soviétique de la guerre froide convoitait les ressources minières afghanes qu’aujourd’hui la Chine s’approprie de manière légale. L’Inde y voit l’arrière-base des Pakistanais, et l’OTAN, un des nids du terrorisme. La géopolitique afghane se complexifie et rend difficile toute appréciation géostratégique des relations entre l’occident et l’Asie.

 

Avec le renforcement du fédéralisme de l’Union Européenne et la réintégration complète de la France au sein des instances militaires de l’OTAN, on serait tenté de dire que le mondialisme atlantiste et unipolaire s’est définitivement imposé. Or, on assiste depuis peu à une résistance croissante à ce même monde. En 2009, on a assisté au rapprochement économique de divers blocs géopolitiques assez éloignés les uns des autres : Amérique Latine, Chine et Proche/Moyen-Orient. Une voie multipolaire semble progressivement se dessiner face à l’établissement d’un Nouvel Ordre Mondial à la sauce américaine. Hugo Chavez et Hu Jintao ont renforcé la coopération bilatérale entre le Venezuela et la Chine. Au début du mois de mars 2009, au siège de la Ligue des pays arabes au Caire, à l’initiative du ministre qatari des Affaires Étrangères, l’ensemble des ministres arabes des A.E. et 12 de leurs homologues sud-américains ont évoqué le projet de la Déclaration de Doha (capitale du Qatar) dont l’adoption fut effective le 31 mars de la même année lors du deuxième Sommet des Pays Arabes et d’Amérique Latine. À l’issue de ce Sommet, Hugo Chavez a approfondi sa coopération bilatérale avec l’Iran sur 205 points (politique, économie, commerce, énergie). Puis, un sommet Afrique-Amérique Latine s’est tenu en septembre 2009 au Vénézuela. Un brusque retournement géopolitique s’est donc produit lors de la dernière décennie avec l’arrivée au pouvoir d’hommes politiques qualifiés de « populistes de gauche » (Hugo Chavez au Venezuela et Rafael Correa en Équateur) ou « d’indigéniste » (Evo Morales en Bolivie), tous favorables à l’établissement d’un monde multipolaire équilibré au sein duquel la Palestine aurait une existence viable sur les plans politique et économique. Il va s’en dire alors que nous sommes entrain d’assister à l’émergence croissante d’un monde multipolaire constitué de plusieurs blocs géopolitiques distincts au sein duquel différentes nations économiquement souveraines s’opposent à un bloc géopolitique uniforme.

 

Le Général De Gaule n’avait-il donc pas raison d’annoncer, le 21 août 1958 à Brazzaville, que « dans le monde tel qu’il va, il est nécessaire que s’établissent de grands ensembles économiques, politiques, culturels et, au besoin, de grands ensembles de défense » ? Qu’en est-il alors de l’Afrique à l’heure où l’Europe a presque fini d’adopter une monnaie commune, où la France promeut l’union pour la Méditerranée, où les pays ayant en commun la langue arabe se sont ligués, où les Etats-unis veulent partager une zone monétaire avec l’Amérique latine et le Canada, où la Chine, le Vénézuela, le Brésil, développe des grands rassemblements trans-géographiques avec des pays culturellement différents mais économiquement stratégiques comme la Libye, l’Egypte, la Syrie, le Liban et même l’Iran ?

Les membres de la première conférence des Etats indépendants d’Afrique noire, tenue au Liberia quelques mois après l’indépendance de la Guinée, se préoccupèrent de dégager les règles d’une morale internationale susceptible de permettre l’organisation de leurs rapports sur la base de la souveraineté et du respect de chacun. Il a été décidé que chaque État maintienne son identité nationale et sa structure constitutionnelle et s’interdit d’intervenir dans les  affaires des autres. Les principes posés (respect de la souveraineté des États, non-ingérence dans leurs affaires intérieures) répondaient à des préoccupations nouvelles. Il fallait éviter les revendications territoriales de l’un ou de l’autre et consolider les frontières acquises. Aujourd’hui encore, les Etats Africains sont pour ainsi dire très soucieux de sauvegarder leur indépendance et d’affirmer leur souveraineté propre. Mais n’est-ce pas l’impossibilité pratique de procéder à une révision territoriale après les indépendances qui les a poussés à se prononcer pour l’adoption de ce principe ?

 

L’ex-Zaïre, l’un des plus grands pays d’Afrique, par sa population et ses richesses naturelles est devenu, par la faute de sa classe politique, un objet de l’histoire et de discussion  entre chancelleries et états majors militaires. Quant au Rwanda, pour les acteurs de la violence d’origine hutue, la solution politique passe par la démocratisation du pays, garante d’une légitimité fondée sur le principe majoritaire. Mais pour les acteurs tutsis, la démocratisation serait une menace mortelle et inacceptable car la survie de leur ethnie est liée à la conservation du pouvoir politique et militaire. Par ailleurs, le conflit angolais est le prolongement de la guerre qui enflamme désormais toute l’Afrique Centrale. Celle-ci oppose maintenant deux coalitions (Soudan, Tchad Zimbabwe et Angola contre Ouganda, Rwanda et Burundi) qui rassemblent une douzaine de pays, et constitue la première grande guerre interafricaine. Son enjeu est la remise en question des frontières. La première coalition est partisante du statu quo et des découpages frontaliers issus de la colonisation alors que la deuxième (« bloc tutsi ») est favorable à une vision d’un nouvel ordre politique Africain répudiant les héritages coloniaux et notamment les frontières tracées par les européens.

 

Il y donc pour ainsi dire une forte tendance qui suggère que la carte de l’Afrique soit redessinée. Récemment, le référendum proposé au Sud Soudan pour la scission du pays milite en faveur de ce postulat. Et voilà qu’en France on parle de partition de la Côte d’Ivoire. Mais, même s’il semble judicieux de se demander s’il faut redessiner la carte de l’Afrique en créant des pays ethniquement homogènes comme le prônent de nombreux géostratéges, force est de reconnaître que les conflits ethniques étatiques internes et externes sont tellement diversifiés et complexes qu’ils ne plaident pas en faveur de la création de pays ethniquement homogènes.

En Afrique centrale par exemple, les conflits sont dus à la conception du pouvoir politique par des minorités « extrémistes » qui sont toujours contre un partage de souveraineté et un retraçage de la carte de la région. Ainsi, la dichotomie du dominant et du dominé, du vainqueur et du vaincu, du seigneur né pour commander et du serviteur pliant l’échine pour obéir exclut toute idée de partenariat dans une société où les citoyens sont libres et égaux en dignité et en droits. De même, ces conflits internes se sont reproduits dans les pays voisins qui accusent des structures étatiques fragiles et instables. Les frontières qui englobent de part et d’autre des populations de même ethnie constituent un amas de forces endogènes qui se dissipent et se neutralisent mutuellement, ce qui constitue un obstacle majeur pour redessiner la carte de l’Afrique centrale selon les tendances ethniques. La reconquête du Rwanda par les Tutsis a permis d’établir une rébellion qui a renversé le président Mobutu au ZAIRE, puis de se retourner contre Laurent Désiré Kabila qu’ils avaient porté au pouvoir. Mais cette fois, l’objectif n’est plus la conquête de Kinshasa, mais l’établissement d’un « tutsi land » et la remise en question des frontières coloniales.

 

En Afrique Occidentale, la République de Guinée et celle de Guinée Bissau nourrissent encore des incertitudes. Devenus ces dernières années, des plaques tournantes du trafic international de drogue, ces deux pays affichent de nouvelles ambitions mais tardent à rassurer au regard de l’avilissement de leurs institutions. Le Niger n’est pas encore sorti de la crise institutionnelle et fait désormais face au terrorisme qui s’installe progressivement à ses confins. Le Togo et le Gabon sont passés de père en fils, la Mauritanie est politiquement instable et son détachement progressif de l’espace francophone la rapproche de l’extrémisme musulman, le Nigéria fait face à une crise quelque peu armée entre musulman et Chrétien, le Mali et le Sénégal font respectivement face à la rébellion Touareg et Casamançaise, la Côte d’ivoire s’enflamme et la Gambie tend lentement vers une royauté. Tout ensemble de choses qui rend très glissante la situation géostratégique de la sous-région. Le fait mérite toutefois attention. La même question de la souveraineté, centrale dans la géopolitique africaine, refait surface en Afrique de l’Ouest bien longtemps après que Sékou Touré en eusse usé comme arme de motivation nationaliste. Cette fois cependant, c’est en côte d’ivoire qu’on en use pour justifier des comportements pour le moins légitimement et légalement injustifiables.

 

En cette première décennie du troisième millénaire, la Côte d’Ivoire est passée de miracle à naufrage économique. La dérive nationaliste a pris le dessus et se traduit par des discours xénophobes accusant les étrangers d’être la cause de la crise économique et politique que traverse la Côte d’Ivoire et de l’augmentation du chômage. Les observateurs internationaux du conflit en Côte d’ivoire se contentent parfois de le réduire à un affrontement religieux entre le Nord musulman et le Sud chrétien et animiste, mais la situation est beaucoup plus complexe. Il convient d’abord de se rendre compte du caractère multiculturel de la Côte d’Ivoire où se côtoient 4 grands groupes ethniques : les Akans ou Baoulés (Houphouët-Boigny) originaires du Sud-Est sont majoritaires (42% de la population); les Malinkés originaires du Nord-Est (17,5%); les Mandés ou Dioulas au Nord-Ouest (16,5) et les Bétés (L. Gbagbo) ou Krous (11%). Ensuite, le conflit qui a divisé le pays notamment le Nord contre le Sud, n’est ni une guerre de religions ni une croisade. Au début des années 2000, la Côte d’Ivoire comptait 39% de musulmans pour 30% de chrétiens et 12% d’animistes. S’il est exact que le Nord, moins peuplé, est majoritairement musulman, 77% des musulmans du pays sont installés dans le Sud. Par ailleurs, les chrétiens sont concentrés à 93% dans le Sud où les confessions sont quasiment à égalité (35% de musulmans pour 33% de chrétiens), le Sud étant beaucoup plus peuplé que le Nord (86% de la population totale du pays).

 

Avec le report de voix que Bédié a consenti à Alassane Dramane Ouattara au deuxième tour des récentes élections, point n’est plus question d’analyser la situation en termes de conflit religieux. Le vote massif du Nord pour Ouattara s’explique autrement. En effet, la guerre civile touche inégalement les deux moitiés du pays. Le Sud, contrôlé par les loyalistes, a réussi à garder un fonctionnement économique relativement stable, préservant à la Côte d’Ivoire sa place de premier producteur mondial de cacao, une relative stabilité des prix, ainsi que des services publics actifs. Mais le Nord, coupé de l’aide de l’État, fait face à de graves difficultés. L’économie tourne au ralenti. Les débouchés commerciaux étant au Sud, les planteurs ne peuvent pas vendre leurs marchandises et se retrouvent sans ressources. Les infrastructures sont en déliquescence, l’État ne prenant plus en charge l’Éducation Nationale, l’eau, l’électricité, les routes… Depuis le coup d’État de septembre 2002, le Nord de la Côte d’Ivoire est donc plongé dans le chaos. Fort malheureusement, ce chaos est tout aussi préjudiciable à l’économie de l’Afrique de l’Ouest. Sans parler de la dévaluation du Franc CFA qui risque d’être effective si la crise ivoirienne perdure (un an), la Côte d’Ivoire représente 39% de la masse monétaire et contribue pour près de 40 % (CSAO) au PIB de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Même si alors les spécialistes de la sous-région pensent que le Ghana et le Sénégal seront les principaux bénéficiaires de la crise ivoirienne, force est de reconnaitre que cette crise risque d’anéantir tous nos efforts de développement et d’intégration économique sous-régionale. Elle démolira les axes représentatifs du commerce à l’intérieur de l’espace CEDEAO : Abidjan-Bamako, Abidjan-Ouagadougou, Abidjan-Lomé-Cotonou. Il s’ensuivra alors une redéfinition du commerce intérieur ouest africain, à partir des ports de Dakar et de Tema au Ghana, qui prendra un temps insoupçonné pour rétablir les équilibres et les flux économiques et financiers, et donc un nouveau frein au développement à accuser.

 

Dans cet imbroglio, le Sénégal, en déployant de nouvelles stratégies géopolitiques, tire son épingle du jeu. Sans prétendre cependant tirer profit du malheur qui frappe la Côte d’Ivoire, la stabilité de notre pays constitue un rayonnement assez attractif pour les puissances du monde. En effet, notre pays a entrepris le développement d’une nouvelle stratégie diplomatique qui récuse l’idée de pré-carré et qui met en concurrence tout pays désireux d’entretenir des relations avec Nous. De plus en plus, l’occident et l’orient se livre à une rude concurrence politique et économique sur notre territoire. Dans la même veine, la Chine qui accroit sa présence en Afrique, s’est lancée à l’assaut de notre pays avec un nouveau style d’aide étrangère se basant sur les principes déjà énoncés lors de la conférence de Bandung, en avril 1955, et réitérés en mai 1996 lors de la tournée africaine du président Jiang Zemin. Et pourtant, nous ne sommes pas l’État africain le plus intéressant pour la République Populaire de Chine, la France, les Etats-Unis ou même les Emirats. Néanmoins, nous possédons certains atouts dans un contexte subsaharien en ébullition.

 

Au plan diplomatique, le Sénégal, petit pays à l’échelle mondiale, n’en est pas moins important au plan géostratégique. Notre pays a toujours fait montre d’une finesse géopolitique et géostratégique sur les grandes questions qui ont traversé de part en part l’histoire de notre continent. A la tribune des assemblées générales annuelles des Nations unies, aux sommets annuels de l’OUA, s’affrontaient les camps des révolutionnaires anti-impérialistes et des modérés considérés comme les suppôts de l’Occident capitaliste. Le conflit idéologique entre l’Est et l’Ouest faisait rage au sein de la famille africaine qui s’était divisée d’abord avant 1963, date de création de l’OUA, en deux groupes rivaux : le groupe de Casablanca et celui de Monrovia. Le Sénégal, bien qu’appartenant  au camp de Monrovia, faisait entendre une petite musique, une note bien singulière qui, loin de réaliser une symphonie, évitait bien des grincements entre les durs et les modérés. Une génération d’ambassadeurs et de diplomates sénégalais s’est relayée aux Nations Unies pour faire entendre une autre voix qui faisait autorité sur bien des sujets importants : la détérioration des termes de l’échange, la lutte contre l’Apartheid, l’aide aux mouvements de libération, les droits inaliénables du peuple palestinien, la prolifération des armes nucléaires dont la commission aux Nations Unies était dirigée par l’ambassadeur Alioune Sène. En Novembre 1971, la mission des sages, dépêchée par l’OUA auprès de Golda Meir en Israël pour trouver une solution au conflit entre l’Egypte et l’Etat hébreu, était dirigée par Léopold Sédar Senghor accompagné de Gowon, Mobutu, Ahidjo. Petit pays donc, sans grandes ressources en plus, le Sénégal, dès 1960, sut faire de sa diplomatie la poule aux œufs d’or.

 

Abdoulaye Wade ne sera pas en reste. Dès sa prise de fonction, il mène un intense activisme diplomatique et prend toute l’ampleur du pays continent au milliard et demi d’habitants. Le Sénégal rompt ses relations diplomatiques avec Taïwan et renoue avec la Chine continentale. Que recherche la République du Sénégal dans le rétablissement des relations diplomatiques avec la Chine ?

 

A première vue, elle participe à la tendance générale, en Afrique, où Taiwan perd un à un ses partenaires, ouvrant son territoire à l’État en passe d’instaurer un nouvel ordre politique et, qui sait, économique mondial. Mais d’autres choix sont intervenus dans cette décision. Dakar tente également par cette occasion de réaliser un de ses objectifs majeurs : siéger au Conseil de sécurité. Le Sénégal, de par son histoire, sa stabilité politique et économique et son activisme panafricain, est l’État le mieux placé pour ravir ce siège. Le Président Abdoulaye Wade le sait et agit en conséquence. Les cinq membres permanents au Conseil de sécurité de l’ONU étant les États- unis, la France, la Russie, le Royaume-Uni et la République Populaire de Chine, le Sénégal devait obligatoirement compter avec la voix chinoise. En mai 2005, soit seulement cinq mois avant le rétablissement de nos relations diplomatiques avec la République Populaire, Cheikh Tidiane Gadio, ex ministre des Affaires étrangères annonce que « la Chine n’est pas hostile au Sénégal, soulignant subséquemment que, sur les cinq membres du Conseil de sécurité, quatre sont « très favorables » à la candidature du Sénégal à un poste de membre au Conseil de sécurité des Nations unies (APS du 2 mai 2005). Il fallait donc tout faire pour que la muraille de Chine ne soit pas un obstacle infranchissable pour nos ambitions onusiennes. Tout faire revient cependant à dire que la reconnaissance de Taiwan était un obstacle réel. Car le Sénégal n’est pas le seul État africain à vouloir briguer ce mandat. L’Afrique du Sud, le Nigéria, le Kenya, l’Égypte, l’Algérie et la Libye sont nos principaux concurrents.

 

Notre pays projette son avenir et réfléchit à la possibilité de commercer avec la première puissance démographique mondiale, le prochain marché intérieur mondial, la future puissance internationale et de siéger à l’ONU. L’intérêt stratégique de cette relation est donc sans équivoque. « La Chine semble très loin, mais au point de vue stratégique, elle est en fait proche de nous. Ignorer la Chine équivaut à boucher soi-même la voie du dialogue avec un pays puissant » (APS du 25 juin 2006). Les résultats ne se font d’ailleurs pas attendre. Les chantiers chers au Président poussent comme des champignons avec le concours des Chinois. Avec plus ou moins de bonheur, le Sénégal s’implique dans les interminables conflits africains, dans des palabres et des négociations qui semblent ne jamais s’achever : Madagascar, Côte d’Ivoire, Burundi, Mauritanie, Bissau, Conakry. La diplomatie sénégalaise ne semble plus connaître de limite planétaire. Le Président Wade déclare être invité à s’impliquer dans l’interminable conflit du Moyen Orient, entre Israéliens et Palestiniens, puis entre le Pakistan et l’Inde. Aux lendemains des attentats du 11 Septembre, le Sénégal réunit à Dakar un aréopage de chefs d’Etats africains pour condamner le terrorisme et apporter leur soutien à l’Amérique de Bush dont Wade est un interlocuteur privilégié. Récemment, il parvient, grâce à ses relations courageuses avec Mahmoud Ahmadinejad, à faire libérer une détenue française en Iran.

 

La pertinence de l’approche géopolitique sénégalaise est donc avérée. Elle s’inscrit dans une longue tradition où la recherche de nouveaux partenaires économiques et politiques sur la scène internationale est la priorité des différents gouvernements sénégalais depuis l’indépendance en 1960. L’Asie (Japon, Chine, Taiwan, Corée du Sud et Inde), l’Amérique Latine (Brésil), Moyen-Orient (Iran), Maghreb (Maroc, Algérie), Amérique du Nord (États-unis et Canada) et Océanie (Australie) sont les partenaires choisis par le Sénégal pour pallier à la prépondérance politique et économique française. Nouer concomitamment des relations avec la République Populaire de Chine, les États-unis et l’Iran est l’exemple du déploiement diplomatique sénégalais sur la scène internationale : aucune idée reçue, seule la qualité du rapport compte pour notre pays. Puisse-t-il pour ainsi dire en être de même pour la nouvelle décennie.

Pierre Hamet ba

 

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LAURENT DOIT PARTIR

Mais qu’est-ce que donc cette théorie qui préconise le partage du pouvoir en Côte d’Ivoire ? Autant alors parler de partage du territoire, de la naissance de quelque chose comme une ligne Maginot ou bien même, selon que l’on soit avec ou contre Ouattara, une ligne Siegfried, et à l’extrême, selon que l’on soit du Nord ou du Sud, la construction de quelque chose comme un Mur de Berlin ?

Houphouët ne mérite pas ça !

 

A l’évidence, une solution incapable de résoudre un problème n’en est pas une. Elle diffère le seuil critique et crée par la même un conflit latent qui finit par définitivement saper la possibilité d’une paix intérieure durable. Et ce ne sont pas les schémas à la Mbecky qui dissiperont les nuages de la guerre. La côte d’Ivoire balbutie d’interminables bulles préoccupantes et lourdes de conséquences. Il faut alors prendre la mesure de la situation et agir fermement :

 

Laurent doit partir !

 

Et nous ne connaissons que trop les multiples raisons qui justifient une telle position.

D’abord au plan économique, la Côte d’Ivoire représente 39% de la masse monétaire et contribue pour près de 40 % au PIB de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Dans l’étude sur les « Perspectives à long terme en Afrique de l’Ouest », publiée par le CSAO, trois grandes zones économiques sont identifiées comme points de référence pour les réflexions sur l’avenir de la région { l’horizon 2020. Les Pays du Golf de Guinée autour du Nigeria considérés comme le coeur de l’économie régionale. Ce groupe de pays, d’Abidjan { Yaoundé, représente plus de 80% du PIB régional. Cette bande polarise l’essentiel du marché régional, actuel et futur. La Côte d’Ivoire, avec près de 50% du PIB régional, occupe une place prépondérante dans cette sous-région du Golfe de Guinée de même que par rapport à l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble. Pour nous autres, répartis entre les pays de la Façade Atlantique (Sénégal, Guinée Bissau et Guinée Conakry) et les Pays Enclavés (Mali, Burkina-Faso, Niger), une crise en Côte d’Ivoire anéantirait tous nos efforts de développement et d’intégration économique sous-régionale. D’autant plus qu’elle (la crise ivoirienne) démolira les axes représentatifs du commerce { l’intérieur de l’espace CEDEAO : Abidjan-Bamako, Abidjan-Ouagadougou, Abidjan-Lomé-Cotonou. Il s’ensuivra alors une redéfinition du commerce intérieur ouest africain, à partir des ports de Dakar et de Tema au Ghana, qui prendra un temps insoupçonné pour rétablir les équilibres et les flux économiques et financiers, et donc un nouveau frein au développement à accuser.

 

Un document de CAIRN assez intéressant, fruit de l’analyse combinée de trois docteurs en Économie, qui eux-mêmes se référent à d’autres recherches scientifiques relatives à la Côte d’Ivoire et à sa région, étaye le postulat du départ de Laurent Gbagbo pour laisser place au Dr. Alassane Dramane Ouattara :

 

L’Homme de la Situation !

 

« Au milieu des années 1990, et après une décennie de forte récession, la situation économique de l’Afrique sub-saharienne semblait s’améliorer. La croissance du produit par tête était redevenue positive, l’inflation était mieux maîtrisée que par le passé, les déficits des comptes publics et extérieurs étaient réduits. Ce retournement intervenait { l’issue d’un long processus de réformes : politiques de stabilisation macro-économique, privatisations, restructuration des systèmes financiers, libéralisation graduelle du commerce extérieur et de l’agriculture, amélioration partielle du cadre juridico légal. Il était également favorisé par la bonne tenue des cours des grandes matières premières exportées par le continent, et la reprise progressive de la croissance dans les pays industrialisés. Enfin, dans de nombreux cas, la démocratisation politique semblait continuer d’avancer, permettant d’espérer une meilleure adaptation des politiques menées aux exigences du moment. En particulier, la fin de l’apartheid en Afrique du Sud semblait pouvoir annoncer un nouveau départ pour le continent le plus déshérité de la planète. Au sein de la zone Franc et de l’Afrique francophone, c’est en Côte d’Ivoire que la reprise économique avait été observée le plus nettement. Ce changement était important étant donné le poids économique de ce pays dans ce groupe. L’embellie intervenait en même temps qu’une accélération des réformes. Par ailleurs, l’intégration régionale de la zone UEMOA continuait son cours : l’harmonisation des tarifs douaniers se mettait en place ainsi qu’une bourse régionale des valeurs ». Denis Cogneau et al. « Côte d’Ivoire : histoires de la crise », Afrique contemporaine 2/2003 (no 206), p. 5-12.

Toutefois, la forte relance de l’économie était aussi imputable non seulement à des facteurs conjoncturels : dévaluation du franc CFA, hausse des cours du café et du cacao sur les marchés mondiaux et afflux de capitaux étrangers privés et publics, mais aussi et surtout à un homme : Alassane Dramane Ouattara.

Au plan économique, entre 1983 et 1989, le cycle récurrent de la mévente des produits d’exportation ivoiriens a entraîné une crise financière sans précédent qui a livré le pays aux diktats des bailleurs de fonds avec l’apparition de multiples programmes d’ajustement structurel. La crise économique, et donc sociale a été dure en Côte d’Ivoire jusqu'{ l’orée des années 90, date { laquelle Mr Dramane Ouattara – technocrate du FMI – avait été plébiscité pour redresser l’économie Ivoirienne. Il a fait une carrière exceptionnelle de haut fonctionnaire du Fonds Monétaire International et de la BCEAO où il a gravi les échelons avant de se retrouver Gouverneur. Puis, il a été appelé par le Président Houphouët Boigny pour sauver la Côte d’Ivoire d’un désastre économique. Le Président Ouattara entreprend alors un travail de redressement dont les décisions nécessaires mais douloureuses, comme la dévaluation du Franc CFA en 1994, étaient la voie salutaire pour une relance l’économie sous-régionale.

 

Jamais la Côte d’Ivoire n’avait connu un tel activisme « réformiste » que sous Ouattara. En bonne logique, la liste impressionnante dressée, ainsi que la réussite indéniable des autorités de l’époque dans la conduite de certaines politiques (comme par exemple la maîtrise des prix malgré le choc de la dévaluation) aurait pu constituer un cas exemplaire d’ajustement structurel réussi.

En effet, en 1997, les principaux indicateurs économiques étaient les suivants :

 

  • Taux de croissance économique : +7.5 % contre -2,3% en 2000, +1,6% en 2004, +1,8% en 2005, +1,2% en 2006 et une prévision de +4,5% en 2012.

 

  • PIB: 6000 milliards de Franc CFA et Investissement en % du PIB : 15 (%)

 

  • BUDGET 1997: Budget général de fonctionnement: 1356,1 milliards FCFA

 

  • Budget spécial d’INVESTISSEMENT: 430 milliards FCFA.

 

Parallèlement, lorsqu’on observe le budget 2009 de la Côte d’Ivoire, la quantité est mise en exergue au détriment de l’utilité. Une Utilité banalisée, mal jaugée, en clair, une sorte d’injure {l’école Néo-classique (Économie) tant chère à William Stanley Jevons et Léon Walras. Pour exemple, en observant le développement du Maroc malgré la quasi-rareté en ressources naturelles à forte valeur ajoutée dont il souffre, l’Algérie riche en pétrole et pouvant se vanter de ses réserves de change ne dira pas le contraire. Idem pour Le Congo-Zaïre (Requalifiée en République Démocratique du Congo) et sa forte richesse minière mal rentabilisée au profit du peuple. Il est donc clair que le mérite d’un gouvernement se résume à l’exploitation efficiente des ressources et à leur allocation. La côte d’ivoire a en effet tiré des fruits tangibles en termes d’infrastructures, de progrès social et de niveau de vie à cette époque Houphouetienne où Ouattara était premier Ministre.

 

Toute personne objective peut, à son aise, calculer la proportion de l’investissement dans le budget ivoirien à l’époque Ouattara. Ce n’est surement pas identique à ce budget 2009 exclusivement asphyxié par la masse salariale. De plus, quand on observe le budget 2008 de Gbagbo, la masse salariale représente plus de 43% des recettes fiscales alors que les critères de convergences de l’UEMOA parlent d’un maximum de 35%. En 2008, les dépenses de santé n’étaient qu'{ 6,5% du Budget quand il s’élevait à 9% en 2007, donc un budget en hausse dont les ivoiriens ne ressentent point les effets dans leur quotidien.

En définitive, le mérite de M. Ouattara se résume, au moins, à la manière dont ont été allouées les ressources de la rente agricole à la construction de la Côte d’Ivoire économique et sociale. Car il ne suffit pas d’engranger des rentes agricoles et pétrolières pour les faire paraitre dans un budget mal agencé tel que Gbagbo le fait depuis 2000.

 

Enfin au plan Politique, cette situation « d’Un Pays, Deux Présidents » ne peut prospérer indéfiniment. Cela pose avec une certaine acuité la question du fondement même de l’Etat Ivoirien.

Il y a dans la relation de pouvoir quelque chose qui n’est pas seulement de l’ordre de la violence. Ce serait trop facile, parce que ça résoudrait le problème tout de suite! En fait, la question de l’origine de cette relation de pouvoir entre l’Etat et les Ivoiriens se dédouble au sens où il y a une question du haut et une question du bas:

 

 la question du haut, c’est : qu’est-ce qui fait que, Gbagbo dise « c’est moi le chef et vous allez m’obéir »? C’est la question du sommet de la pyramide.

 

 la question du bas, de la base de la pyramide, c’est : pourquoi les ivoiriens accepteront-ils d’obéir, alors que ce n’est pas Gbagbo qui détient une force, une capacité de violence suffisante pour faire régner la terreur sur tout le monde. Donc cette acceptation de l’obéissance renvoie à autre chose.

 

C’est déjà là les deux questions que posait Rousseau au début du Contrat Social en soutenant que jamais un homme ne sera suffisamment fort pour être toujours le plus fort. Le discours de Gbagbo est simple : « Nous avons le pouvoir et vous allez obéir ». Mais là, deux choses peuvent se passer: ou bien ceux qui entendent ce discours disent « oui c’est vrai, vous avez le pouvoir et on va obéir ou bien « non, non, vous n’avez pas le pouvoir et la preuve, c’est qu’on ne va pas vous obéir ».

La côte d’Ivoire est en proie à une crise profonde qui découle donc de la problématique du légal et du légitime, fondement même de l’Etat. Les partisans de Gbagbo disent : « Nous avons le pouvoir et vous allez obéir » ; et les partisans de Ouattara rétorquent : « non, non, vous n’avez pas le pouvoir et nous n’allons pas vous obéir ». Ou bien alors Gbagbo les traitera d’insoumis et de fou ; ou alors et c’est la thèse la plus probable, il décidera de les tuer, le discours évoluant ainsi : ou bien on obéit, ou bien on n’obéit pas.

De ce point de vue là et reprenant les thèses de Pierre Clastres dans « La Société Contre l’Etat », on pourrait opposer terme à terme les sociétés sans Etat et les sociétés à Etat: les sociétés sans Etat sont du côté du petit, du limité, du réduit, de la scission permanente, du côté du multiple, tandis que les sociétés à Etat sont exactement du côté du contraire; elles sont du côté de la croissance, du côté de l’intégration, du côté de l’unification, du côté de l’un. Les sociétés primitives, ce sont des sociétés du multiple; les sociétés non-primitives, à Etat, ce sont des sociétés de l’un :

L’Etat, c’est le triomphe de l’un !

Comment alors oser penser le partage du pouvoir en Côte d’Ivoire ? Car à partir de la division politique, s’engendre, d’ailleurs très facilement, la division économique, c’est-à dire ceux qui obéissent deviennent en même temps les pauvres et les exploités, ceux qui commandent, les riches et les exploiteurs. Ce n’est pas rien, parce que détenir le pouvoir c’est pour l’exercer :

Un pouvoir qui ne s’exerce pas, ce n’est pas un pouvoir !

Et, puisque l’exercice du pouvoir passe par l’obligation qu’on fait aux autres d’obéir, comment pensez-vous que Gbagbo exercera cette obligation, si ce n’est qu’au travers de la violence ?

Pour les jeunes démocraties de notre continent, il est crucial que le coup de force institutionnel de Gbagbo ne passe pas. Il doit être refusé, condamné et combattu par tous les fils de l’Afrique. Nous devons nous investir pour que le Président Ouattara ait le pouvoir. Les discours de reconnaissance de sa victoire et les félicitations ne suffisent pas car, et nous venons de le dire :

Un pouvoir qui ne s’exerce pas n’est pas un pouvoir, Ouattara a besoin de plus :

Laurent doit Partir !

PIERRE HAMET BA