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DIEU EST MORT, L’HOMME EST VIVANT.

Rien ne m’énerve plus que d’entendre des Sénégalais soutenir que ce qui se passe en ce moment dans le monde est le fruit d’un châtiment divin. Dieu est fâché, disent-ils, parce quil y aurait trop de péchés sur terre.

Comme si Dieu leur avait parlé, ils en déduisent alors que le seul remède face à la pandémie est de s’en remettre au tout puissant, de prier et d’attendre fatalement que le sort s’abatte sur nous.

Pour ma part, j’estime que si tant est que Dieu est fâché, alors il l’est moins que toutes les années précédentes. Car, toutes causes confondues, la pandémie n’a pas encore fait autant de mort que l’année 2019 par exemple.

Tout compte fait, en se référant à ce raisonnement obscurantiste, on peut dire que dieu n’a jamais cessé de se fâcher car tous les ans, le paludisme et la grippe saisonnière tuent beaucoup plus de monde que le coronavirus ne l’a jusque-là fait. Alors si Dieu est fâché, je le trouve bien assez clément dans sa colère.

Arrêtez donc vos bêtises. Essayez plutôt de faire tomber les écailles de vos yeux aveugles. Dieu n’est pas humain et je ne connais d’humains qui aient pu lui parler en en tête-à-tête.

Il vaut mieux donc appréhender le monde et les phénomènes de la vie de manière scientifique et pragmatique plutôt que de verser dans le mysticisme. Yalla dou nitt.

Pierre Hamet Ba.

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GUTERRES, VOUS AVEZ TORT

Selon le Secrétaire Général des Nations unies (au micro de Rfi et France24), l’Afrique comptera des millions de morts du Coronavirus. Je m’inscris en faux contre cette allégation pour des raisons purement systémiques.

La propagation de ce virus est principalement le fruit de la mondialisation. Et, la mondialisation n’a pas encore atteint nos contrées lointaines. Si les mesures de limitation de la circulation des biens et des personnes à l’intérieur des territoires d’Afrique sont maintenues, le virus n’atteindra pas les terroirs où 61% de la population africaine mène son existence.

Ensuite, en nous basant sur le ratio de dependance démographique en Afrique (87%), sur l’âge médian en Afrique (20 ans), et puisque le virus n’est particulièrement mortel que chez les personnes âgées souffrant dejà de certaines maladies, nous pouvons en déduire que, pour une fois, l’Afrique ne sera pas la catastrophe à craindre.

Bien entendu à cause de notre mode de vie et de la densité des populations dans les centres urbains, beaucoup d’africains seront infectés. Mais ils n’en mourront pas pour autant. De plus, avec l’apparition et l’évolution des protocoles de traitement déjà à l’œuvre et, grâce aux évolutions climatiques abruptes sur le continent, cette menace virale risque de passer très vite de pandémie à une grippe saisonnière avec très peu de détresses resporatoires chez les personnes infectées.

La population urbaine africaine est particulièrement jeune, dynamique et bien portante. Il y a comme une sorte de sélection naturelle qui s’opère en Afrique. A cause des conditions de vie précaires, des systèmes de santé publique inefficaces ou inexistants et à cause des épidémies récurrentes, l’Africain urbain contempain est particulièrement préparé à ce genre de crise sanitaire. Il ne s’agit donc pas d’une quelconque résilience génétique de l’Africain comme certains tentent de le soutenir ou de le démontrer dans des tentatives d’analyses alambiquées, mais plutôt d’une dynamique démographique à l’épreuve de la modialisation des épidémies émergentes.

Même si alors l’Europe se targue d’avoir l’une des meilleures espérances de vie au monde, elle ne prend pas en compte le degré d’incapacité de ses personnes âgées. Or, le suivi de l’indicateur « espérance de vie en bonne santé » montre que l’allongement de l’espérance de vie ne s’accompagne pas forcément en Europe d’une vie en bonne santé.

C’est ce qui explique par exemple que l’Italie est frappé de pleins fouets par la pandémie. En effet, le pays enregistre l’un des âges médians les plus élevés en Europe (45,1 an). Il est suivi de très près par l’Espagne (42,3 ans) et la France (41,2 ans). En guise de comparaison avec les pays les plus peuplés d’Afrique, l’âge médian du Nigéria est de (18,3 ans), celui de l’Ethiopie (17,8 ans) et enfin, l’Égypte avec (23,8 ans).

Dans sa globalité, l’âge médian de l’Europe est de 42,2 ans. Il n’y a donc pas de doute à mon sens. L’Europe sera plus exposée au taux de létalité du coronavirus. Ce n’est pas une question conjoncturelle, cest une question anthropologique qui aborde les relations entre population et épidémie de façon systémique.

Pierre Hamet Ba.

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LE SENEGAL FACE AU CORONAVIRUS (Troisième partie)

Les mesures d’accompagnement sont tout aussi consternantes. Là encore, on peut se demander s’il est bienvenue d’offrir à tour de bras des avantages fiscaux en lieu et place d’une déduction d’impôts contre une participation financière des entreprises à l’effort de lutte contre le virus. Point ne serait alors question de s’énerver sur la maigre contribution du secteur privé. Ensuite, est-il cohérent, au premier trimestre de l’exécution budgétaire, de lever 1/4 du budget national annuel sans même auparavant avoir déterminé, du moins aux yeux du peuple, les besoins et les orientations des dépenses? 1000 milliards pour quoi faire?

Le Fonds de Solidarité nationale existe déjà. Elle avait été soustraite des attributions du ministère de la solidarité nationale en fin 2007 pour être placée à la Présidence de la République sous l’autorité du Chef de l’Etat. De bonne foi, je n’ai aucun souvenir de sa supression. L’administration comporte tout aussi dans son organisation un fonds secours/urgence. De plus, pour peu que nous n’ayons pas la mémoire courte, nous pouvons nous rappeler qu’en août 2005, cette même administration a apporté une reponse urgente à une calamité naturelle. Le plan diakhaye a délogé et recasé un peu plus de 12 mille sénégalais sinistrés dans des abris provisoires en leur fournissant quotidiennement tout ce dont ils avaient besoin en termes d’hygiène et de propreté en plus de les nourrir et ce, plusieurs années durant. A ce que je sache, même dans ces conditions, il ne s’y était déclaré aucune épidémie ni aucun mouvement d’humeur d’envergure. De mains de maître la situation avait été gérée avec tact. Le budget de cette opération de grande envergure n’avait été estimé qu’à 54 milliards. Ce ne sont donc pas les dispositions administratives ni les compétences qui manquent à notre corpus gouvernemental. Ce qui manque en ce moment cest une véritable stratégie tranversale de gestion de la crise.

Je suis pour ma part convaincu que l’épidémie ne requerra pas autant du contribuable. Parce qu’un protocole de traitement en 6 jours associant hydroxycloroquine et azythromycine est en discussion très avancée et, à defaut de mieux, devrait être adopté rapidement dans les prochains jours. De même une étude très récente parue dans the Annals of Internal Medicine (mars 2020) indique que le temps d’incubation du virus est en réalité de 5 jours dans 97,5% des cas. Seule 101 personnes sur 10.000 infectées developperaient des symptômes après 14 jours. Une fois qu’on sait comment agit une maladie et comment la traiter, elle cesse d’être une menace véritable… (A suivre).

Pierre Hamet Ba.

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LE SENEGAL FACE AU CORONAVIRUS (Deuxième partie)

Je parlais de population têtue et de crise d’autorité au Sénégal dès les premières heures de cette pandémie et, j’en étais arrivé à proposer au Chef de l’Etat de décréter l’état d’urgence. Mais l’état d’urgence dont je parlais est une solution et pas un problème. A mon avis les décisions prises et annoncées en grandes pompes déplacent la problématique aussi bien dans le temps que dans l’espace, mais n’en apportent aucunement une solution.

L’objectif principal de l’état d’urgence est de ralentir la propagation de l’épidémie afin de la contenir. Pour ce faire les rassemblements, les attroupements et les interactions sociales doivent être drastiquement diminués et controlés. Après avoir réduit les audiences des differents cours et tribunaux, empêché à nos boutiques de quartier de vendre du pain, fermé les écoles, les mosquées, les églises, les restaurants, les bars, les cafés, les boîtes de nuits, les salles de cinéma et généralement tout lieu de rencontre, de loisir et de convivialité, à quoi sert-il de décréter un couvre-feu de 20h à 6h du matin, comme si le virus ne se transmettait qu’à la tombée de la nuit?

Quand on est respectueux de sa population on ne lui annonce pas un état d’urgence en tant de paix, seulement 4h avant sa mise à exécution. Une telle décision, qui suspend les acquis démocratiques, restreint les libertés individuelles et celles d’opinion, qui donne la possibilité aux forces de l’ordre de faire usage de leurs armes, devrait être annoncée la veille pour le lendemain ou alors le matin pour le soir. Cela aurait donné à l’ensemble de la population le temps de s’organiser et, permis à la presse et aux differents relais traditionnels de diffuser l’information sur l’ensemble du territoire national et d’en débattre pour que nul n’en ignore le sens, l’importance et la nécessité. Procéder de cette sorte aurait donné à la population de percevoir de manière subliminale une autorité morale, consciente et soucieuse de son bien-être plutôt qu’une décision unilatérale, autoritaire et coercitive.

La vérité c’est que nous sommes loin, très loin du compte. Pas de pain au coin de nos rues: tout le monde s’amasse dans les boulangeries; pas de prières à la mosquée: rassemblement et marche de protestation; état d’urgence et couvre-feu: les marchés, les supermarchés, les quais de pêche sont pris d’assaut; sans compter la ruée vers les transports publics à certaines heures. En quoi alors cet état d’urgence assorti d’un tel couvre-feu permet-il de contenir la propagation de l’épidémie? Je ne le sais pas.

Ce que je sais par contre, c’est que nous allons très vite passer à un état de banalisation de l’épidémie surtout quand les mesures prises vont s’avérer inaptes à freiner la progression des cas positifs. Voilà comment on passe de l’embarras du choix au choix de l’embarras qui n’est rien d’autre que le confinement total… (A suivre).

Pierre Hamet Ba.

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LE SENEGAL FACE AU CORONAVIRUS (Première partie)

Partisans, opposants, amis et ennemis se sont tour à tour exprimés sur l’adresse du Chef de l’Etat à la Nation à l’occasion de laquelle il a décrété l’état d’urgence. D’aucuns en ont été excités et s’en sont félicités, d’autres l’ont dénigré avec jouissance et les fanatics s’en sont délectés jusqu’à l’orgasme. Mais le jour d’après, les leadeurs de toutes ces opinions ont défilé au palais de la République. Biensûr, il ne faut pas faire mauvaise figure quand le pays est en émois. Mais le plus étonnant est de voir ceux qui ont boudé le dialogue national afficher le sourire jusqu’aux oreilles à leur rencontre avec son instigateur, l’antisystème si virulant s’accorder au système comme si de rien n’était, chacun voulant s’attirer l’attention et la sympathie de la population. Or et à mon sens, il n’y a dans cette situation aucun gain politique à en tirer. Au mieux, l’on risque d’associer son image à une calamité si l’on n’est pas capable de formuler et de proposer des mesures concrètes.

Qui a entendu un seul de ces leaders énoncer ne serait-ce qu’une bribe de réponse aux multiples questions que se posent en ce moment les populations? S’auraient-ils d’ailleurs le faire? Visiblement, leur avis ne compte pas sinon comment expliquer qu’ils ne soient publiquement ni consultés ni reçus auparavant? Cest une mascarade!

Prétextant délibérément, et sans fondement sociologique apparent, qu’en pareille situation le peuple a besoin que ses leadeurs se joignent au cœur, ils se sont tous rangés derrière les mesures annoncées la veille, tentant ainsi de se donner une image conciliante, moralisatrice, consentante, et partisane des dispositions émises par l’adversaire dont ils rêvent, autant qu’ils sont, du fauteuil, s’ils ne le detestent.

Comme si tout était parfait dans un monde parfait, les hommes politiques ont encore, une fois de plus, occulté le vrai débat. Le pays a besoin d’actions inédites, de mesures pragmatiques, de réponses à des questions qui ne s’étaient encore jamais posées, mais pas d’effets d’annonce et d’intentions politiques inavouées. Utiliser cette situation de détresse nationale pour donner un second souffle à un dialogue qui peine à rassembler est, pour ma part, indigne de notre intelligence. De grâce, arrêtons la fable politicienne et faisons face à nos propres contradictions.

Ma participation à ce débat est depourvue de toute passion, de toute position partisane ou non partisane. Je n’ai pas la science infuse et si je m’exprime sur la situation actuelle de notre pays, c’est en ma qualité de simple sénégalais concerné par les décisions publiques et surtout par la manière dont les autorités gèrent cette crise sanitaire; il y va de ma survie et de celle de mes concitoyens.

Nous ne sommes pas dans une guerre au sens conventionnel du terme où les principales installations stratégiques de notre pays seraient en danger et devraient être défendues corps et âmes par nos forces armées. Nous ne sommes pas assiégés par l’ennemi et nous ne sommes non plus dans une situation de désordre public, de menaces de sabotage ou d’attentats qui justifierait l’usage de la violence contre les sénégalais qui, au-delà de 20h, on ne sait pour quelle raison, se sont retrouvés en dehors de chez eux, si tant est qu’ils en ont un.

Nous sommes, comme le reste du monde entier sous la menace d’un virus. Et, une administration responsable, c’est-à-dire, qui place son peuple au centre de ses préoccupations, capable de la nourrir, de la soigner, de la protéger et dans pareille situation, de ne s’occuper que de sa survie face au danger qui risque de le décimer, devrait être capable de mobiliser aisément l’adhésion massive des populations dans sa stratégie de gestion de la crise… (A suivre).

Pierre Hamet Ba.

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LA RÉPUBLIQUE IMPOSSIBLE OU COMMENT COMMUNIQUER AVEC DES RESCAPÉS.

Qui va donc conseiller nos autorités sur la manière de bien communiquer par les temps qui courent? Je trouve qu’il y a trop d’informations stratégiques qui sortent de leur bouche, trop d’informations alarmantes et pas une seule solution.

Les images du Ministre de la santé et de son directeur de cabinet seront très vite associées à des oiseaux de mauvaises augures. Au lieu d’inspirer la confiance et la sérénité, ils vont vite susciter la peur et la panique chez les populations rien qu’en apparaissant tous les soirs à la télé pour dénombrer les cas positifs. Ils ne sont pas dans leur rôle. Car qu’advient-il quand les autorités qui doivent nous rassurer véhiculent la panique et semble n’avoir aucune solution. Penser que faire peur aux populations les convaincra de se confiner, c’est méconnaître le fatalisme du Sénégalais et son rapport à la mort qui, plus que tout, n’est rien d’autre sinon un destin inéluctable.

Nous sommes dans un pays où des gens qui ne savent même pas nager ont décidé de traverser l’Atlantique à la recherche de meilleures conditions de vie; où tout ce qui arrive l’est par la volonté divine; où la défaillance de l’État a entraîné sa défiance. Qu’est ce que l’Etat, où est l’Etat et que fait l’Etat?

Entre talibé et citoyen, beaucoup d’entre nous choisissent d’être des talibés. Car le marabout est là quand on a besoin de lui. Il n’a pas battu campagne pour se faire élire. Il n’a pas menti pour occuper son fauteuil. Il na détourné ni abusé des biens de qui que ce soit, encore moins versé dans des malversations et des comportements peu orthodoxes. Il a été choisi d’où sa légitimité indiscutable. Il prie pour ceux qui bravent les océans. Quand la vie semble mourir, il puise dans le fondement sacré de la croyance pour trouver les mots qui feront à nouveau battre le coeur de l’existence. Et jusque devant la mort, le marabout est omniprésent. Certains ne sont même pas loin de penser que leur marabout les accueillera à l’au-delà même s’ils meurent avant lui. Le marabout est donc le trait d’union entre les autorités et les talibés et entre Dieu et les hommes. Il est l’autorité suprême. Il est légitime. Mais où est l’Etat, quà-t-il fait, quel est son rôle et que représente-t-il? Beaucoup ne le savent pas. A vrai dire ils n’en ont même pas la notion. Il s’en moque. Un point cest tout.

Voilà pourquoi nous assistons à un conflit d’autorité. Le marabout est légitime, l’Etat est légal. Le coronavirus met à nu la faillite de l’Etat où plutôt son absence dans tous les domaines du quotidien du Sénégal profond. Car, comment réclamer son droit d’appliquer le Droit quand on ne s’acquitte pas de ses devoirs? Une telle autorité serait difficile à exercer sans ambages. La coercition ne sera donc pas la solution.

Nous affrontons la mort presque tous les jours depuis notre naissance. Malaria, gale, tuberculose, fièvre jaune, variole, peste et j’en passe sans compter la précarité et la pauvreté qui rythment notre quotidien. Tout est passé par là. En somme, nous sommes tous des rescapés. Allez donc tenter d’expliquer à un rescapé de tous les dangers, qui croit fermement que seul la volonté divine le maintient en vie, qu’il risque de mourir d’un virus… Ce serait fastidieux. Voilà pourquoi il faut repenser la communication de crise avant qu’une crise de la communication ne s’installe définitivement et ne nous plonge dans le chaos.

PHB.

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Pourquoi les cas communautaires risquent de nous décimer ?

Le communiqué du ministre de la santé révélant hier qu’un des cas positifs du 21 mars a été contaminé par le 3e cas du 11 mars nous renseigne sur une donnée essentielle pour calculer la courbe dynamique du coronavirus au Sénégal.

Nous pouvons dès lors établir une formule mathématique qui nous permet de comprendre la dynamique du virus et de prévoir le nombre de personnes qui seront infectées sur une periode donnée (x).

Calculons d’abord l’INDICE de la pandémie au Sénégal en divisant le nombre de cas connus (je dis bien connu car dans ce pays on ignore trop souvent de quoi les gens meurent) par la population totale du pays estimée par la direction de la statistique à 16.209.125 en 2019;

Ensuite calculons la PREVALENCE en divisant le nombre de nouveaux cas connus par la population totale et multiplions le résultat par 100 pour le traduire en pourcentage;

soit X le temps et soit Xo le temps où s’arrête la croissance exponentielle c’est-à-dire la limite de croissance exponentielle;

soit L la valeur maximale pouvant être atteinte;

Soit K le facteur multiplicateur qui indique la pente de la courbe;

Et enfin

Soit E le nombre d’Euler ou constante de Néper (2,71828) base des logarithmes naturels;

On peut facilement calculer la dynamique du coronavirus au Sénégal en posant l’équation suivante:

F(x)= L sur 1+E puissance -K(X – Xo)

Je vous laisse poser l’équation dynamique de la pandémie au Sénégal et tracer sa courbe logistique. Le résultat que je n’ose même pas énoncer ici, donc vraisemblablement effarant, devrait vous encourager à rester chez vous et décider le Président de la République à décréter l’Etat d’Urgence.

A vos carnets.

NB: Il ne s’agit là que d’une approche mathématique parmi tant d’autres. J’en ai utilisé 3 différentes et les résultats sont sensiblement les mêmes.

PHB.

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Macky SALL: Nous Sommes Têtus.

Mr le President de la République, décrétez plutôt l’état d’urgence et coordonnez les mesures avant que ce ne deviennent un pêle-mêle de decisions qui se chevauchent sans s’harmoniser…

Plus de premier ministre, alors il vous revient la charge d’aller au devant de la scène comme un vrai commandant en chef et de mener les troupes à la guerre.

Il ne s’agit pas seulement de contenir la propagation du virus, d’identifier et de soigner les personnes infectées, mais tout aussi il s’agit de se préparer à une crise alimentaire dans les trois prochaines semaines.

Les denrées de première nécessité vont se raréfier et nous assisterons à une flambée des prix sans précédent historique.

Vous le disiez si bien. Si nous n’avons pas les moyens de rapatrier 13 étudiants de wuhan, avons-nous alors les moyens d’affronter les mêmes situations qu’en Chine et en Italie?

Mettez donc le pays à l’arrêt total. Stoppez les transports publics; fermez tous les lieux publics; utilisez les moyens du commissariat à la sécurité alimentaire et anticipez la crise alimentaire par une sorte de péréquation.

Demandez à la gendarmerie et aux sapeurs pompiers de mettre en branle les stratégies de défense d’urgence pour lesquelles ils ont subi un entraînement pointu. Une partie du plan ORSEC pourrait tout aussi servir.

Réquisitionnez les productions locales de savons, gels antiseptiques et généralement tout produit détergents et distribuez les gratuitement à toute la population sénégalaise jusque dans les moindres recoins du pays.

Demandez à toute la presse de produire un bulletin d’information quotidien sur la pandemie; aux sociétés de télécommunication et aux centres d’appel, vous demanderez l’envoi quotidien de messages d’information audio à tous leurs abonnés, aux radios et chaînes de télévision vous demanderez 4 heures de temps d’antenne par jour consacrées à la pandémie, à la citoyenneté et au civisme.

Mettez donc en place une veritable stratégie de riposte et de grâce demandez à vos collaborateurs d’arrêter cette arithmétique diabolique qui se satisfait d’un décompte à la limite macabre.

La situation est complexe et en tant que professionnel des systèmes complexes, cela me parait plus utile et plus cohérent que cette sorte téléthon folklorique.

On gouverne avec des outils. Utilisez plutôt les outils et les pouvoirs qui vous sont conférés par la constitution. Il vous faut commencer à manager cette crise plutôt que de la subir. A population têtue, mesure drastique.

Soyez sans complaisance.

Bon courage.

PHB.

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Femmes kamikazes de Boko Haram : signe de déclin ?

Selon un Rapport de l’United States Military Academy, publié en août 2017, étudiant tous les attentats suicides de Boko Haram d’avril 2011 à juin 2017, 53% des attaques à la bombe humaine sont perpétrées par des femmes.  D’aucuns diront que ce recours intensif aux femmes Kamikazes est le signe du déclin de Boko Haram, mais qu’un est-il réellement ?

Pourquoi Boko Haram utilise-t-il les femmes ?

Les données analysées par les chercheurs (Jason Warner et Hilary Matfess) sur la période d’avril 2011 à juin 2017, ont montré, sur l’intervalle temps étudié, que les femmes constituent 53% des kamikazes alors que 81 candidats sont clairement identifiés comme étant des enfants ou des adolescents.

D’un point de vue idéologique, la violence reste, en principe, l’apanage des hommes malgré le fait que certains membres influents du clergé musulman avancent des arguments ambivalents selon lesquels, les femmes peuvent participer sur le plan opérationnel au jihad, à certaines conditions. Ainsi, son extension à la sphère féminine marque une rupture doctrinaire fondamentale. En effet, la mobilisation de plus en plus fréquente des femmes, va à l’encontre de la doctrine selon laquelle, la femme ne se bat pas et on ne se bat pas contre une femme. Le recours à la femme est souvent perçu comme un aveu de faiblesse. Cependant, conscient du fait qu’ils sont incapables de faire face au fort déploiement des armées Camerounaises, Tchadiennes, Nigériennes et Nigérianes dans le grand Nord Cameroun et dans le bassin du Lac Tchad, les membres de Boko Haram ont décidé de changer de tactique en recourant aux attentats-suicides. Et pour ce faire, l’instrumentalisation des femmes/filles s’avère une arme redoutable pour deux raisons.

Sur le plan opérationnel, les femmes ont une facilité de dissimulation et de mouvement par rapport aux hommes. Elles présentent un avantage tactique certain, en ce sens qu’elles ont un accès facile à leurs cibles et sont en mesure de mener une attaque furtive avec un effet de surprise désarmant. Par ailleurs, les stéréotypes liés à leur perception dans la société (par exemple sexe faible, non violence) font que les forces de l’ordre hésitent à les poursuivre et baissent leur vigilance.

Sur le plan médiatique, elles représentent un puissant vecteur de propagande terroriste. L’utilisation des femmes/filles vise, d’une part, à amplifier la peur (effet psychologique), puisque le choc est démultiplié quand ce sont les femmes qui sont impliquées dans ce genre d’attentats. Et d’autre part, la présence des femmes sur un terrain normalement réservé aux hommes peut inciter de nouvelles recrues-hommes, touchés dans leur égo, à s’engager. Sans oublier que c’est un moyen efficace pour renouveler son recrutement.Enfin, étant donné que les femmes incarnent les premiers vecteurs de transmission culturelle et idéologique en tant que génitrice, plus elles sont engagées idéologiquement plus, le projet extrémiste porte ses fruits.

Pourquoi ces femmes/filles se font exploser ?

A l’observation des profils des femmes kamikazes, il en ressort qu’elles sont très jeunes, issues du milieu rural et très peu instruites. En général, ce sont les femmes, filles de combattants ou celles qui sont enlevées par le groupe. Cependant, une catégorisation en deux groupes basés sur un critère d’engagement forcé ou libre doit être opérée.

D’un côté, les femmes /filles forcées à s’engager dans les attentats sont constituées des récalcitrantes, des infidèles, des femmes qui refusent de contracter un mariage forcé, des femmes sur le point de quitter le groupe, des femmes souffrant de déficience mentale, etc. En gros, il s’agit des éléments perturbateurs nuisibles à tout développement du projet extrémiste. Toutefois, on y trouve également certaines qui sont données par leur famille, dans un contexte où toute la famille a rejoint Boko Haram : le père, la mère, etc. Les enfants sont donc, destinés à commettre des attentats. Dans ce cas, les fillettes n’ont pas conscience de ce qu’on leur demande de faire. Parmi elles, on retrouve sûrement certaines qui ont été enlevées, dont on a perdu la trace et qui ont été mariées de force à des combattants de la secte islamiste.

De l’autre, on trouve des femmes engagées volontairement qui sont constituées de veuves, orphelines, celles qui sont engagées volontairement pour la cause du djihad. Les femmes qui s’engagent volontairement peuvent le faire pour des raisons objectives ou subjectives.

Objectivement, elles contribuent par leurs actions à l’atteinte des objectifs du groupe (le djihad contre l’école occidentale, l’élite corrompu du Nigéria, la création d’une société islamiste basée sur leur interprétation du Coran, etc.) et à la réalisation du projet extrémiste. D’autres raisons objectives telles que la pauvreté et la polygamie qui conduisent à beaucoup d’enfants dont les parents ne peuvent s’occuper, facilitent le recrutement au sein du groupe. En outre, le malaise des femmes exclues, marginalisées, non- reconnues, les expose à la radicalisation. Une radicalisation qui est le résultat d’un processus psychologique (un sentiment victimaire de non-reconnaissance, voire de préjudice) et d’une logique idéologique, à fondement identitaire et communautariste.

Subjectivement, elles visent la vengeance personnelle d’un père, d’un frère, d’un mari ou d’un membre de la famille. Ces attentats sont perpétrés par les femmes qui le font par conviction de tuer les ennemis, comme le font leurs homologues masculins. Elles souhaitent aussi, par cet acte accéder au rang de martyr de la foi.

Conclusion

Contrairement aux apparences, la tendance de Boko Haram à l’utilisation des femmes comme bombe humaine s’inscrit plutôt dans une logique tactique dans une guerre de plus en plus asymétrique. Et il n’est pas le seul d’ailleurs à avoir changé de fusil d’épaule, puisque Daech a eu recours récemment à la même tactique même si c’est en rupture avec certains de leurs principes. Cela prouve une seule chose : l’idéologie islamiste extrémiste avancée comme une noble cause n’est qu’un paravent pour ces groupes qui cherchent avant tout à survire. Et pour cela tous les moyens sont bons.

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LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL A ENFREINT LA LOI

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » La Fontaine – Les animaux malades de la peste.

 

En matière électorale au Sénégal, les décisions du Conseil Constitutionnel ne sont susceptibles d’aucun recours. Il revient pour ainsi dire à ce petit royaume de sentiments, sept personnes minutieusement choisies par les soins du Président de la République et de son affidé, la lourde charge de préserver l’Intégrité Electorale. C’est-à-dire la possibilité pour l’électeur Sénégalais de participer à des élections honnêtes. Dès le départ on sent donc qu’il y a bien quelque chose qui ne va pas. Mais avant tout, parlons précisément d’intégrité électorale.

 

INTEGRITE ELECTORALE. La notion alimente le débat scientifique dans le monde de la pensée politique. Aux Nations Unies en 2012, elle a fait l’objet d’un rapport de la Commission Mondiale sur les Elections, la Démocratie et la Sécurité. Dans ses acceptions les plus courantes, l’intégrité électorale correspond à « l’incorruptibilité ou une adhésion stricte à un code de valeurs morales » ; à « l’état de ce qui est sain, [et] qui n’a subi aucune altération » ; à « l’état de ce qui est complet, [et] qui a toutes ses parties ». Mais la définition la plus efficiente à mon sens est celle des auteurs du rapport précité selon qui l’intégrité électorale représente « toute élection reposant sur les principes démocratiques de suffrage universel et d’égalité politique tels qu’ils figurent dans les normes et accords internationaux, et menée de façon professionnelle, impartiale et transparente dans sa préparation et dans sa gestion, tout au long du cycle électoral ». On peut dès lors légitimement nous demander si le Sénégal s’achemine vers des élections intègres au sens où la rigueur et les pratiques éthiques sont appliquées tout au long du processus électoral, et pas uniquement le jour du scrutin ?

 

Que Non ! Au moins pour quatre raisons.

 

SCRUTINS IRREGULIERS. Constatons en premier lieu que d’innombrables irrégularités de nature à influer sur l’issue du vote ont entaché toutes les élections organisées par le régime en place. D’abord, peu de temps avant les élections municipales du 29 juin 2014, le régime met précipitamment en place l’acte III de la décentralisation, réorganisant ainsi les territoires de manière à en tirer un profit électorale. La Loi N° 2010-11 du 28 mai 2010 instituant la parité absolue Homme-Femme dans les instances électives et semi-électives a été mise à rude épreuve et a fini par être transgressée. A Podor, nous assistons à un feuilleton juridico-politique tant le régime en place veut passer en force pour permettre à son principal allié, le Parti Socialiste, de se défaire de la dissidence grandissante en son sein. Dans son rapport Final sur l’observation desdites élections, la RADDHO pointe des irrégularités dans 2404 bureaux de vote à travers le pays.

Ensuite à quelques encablures des élections législatives, le régime décide de changer, sans aucune nécessité apparente, les cartes d’électeur. Leur délivrance cahoteuse n’a pas encore permis à tous les inscrits sur les listes électorales d’entrer en possession de leur carte d’électeur qui fait désormais office de pièce d’identité. La presse sénégalaise a fait plusieurs fois état de lots de cartes d’électeurs ensevelis ou retrouvés dans des décharges publiques. Dans certains cas, si ce n’est une photo attribuée à une identité qui ne la correspond pas, la même identité s’est retrouvée sur plusieurs cartes d’électeurs. Et dans d’autres, des lieux de vote physiquement inexistants sont inscrits sur des cartes d’électeur. Certains électeurs ont été arbitrairement effacés du fichier électoral ; et pour d’autres, le lieu de vote a été changé sans qu’ils n’en soient auparavant informés. Quand au fichier électoral, le régime le tient en cachette ne permettant pas ainsi à une large frange de l’opposition de pouvoir l’auditer pour attester de l’authenticité et de la véracité de son contenu. A trois jours des élections législatives de 2017, le Conseil Constitutionnel s’arroge le droit de réviser le code électoral du Sénégal et décide de fait que les récépissés d’inscription sur les listes électorales pouvaient valoir de carte d’électeur, ouvrant ainsi la voie à une possibilité de fraude massive.

De tout ce qui précède, sans parler des villes visiblement acquises à l’opposition où l’on a pratiquement pas pu voter le 30 juillet 2017, et d’autres localités où le déroulement du scrutin a été on ne peut plus biscornu, nous pouvons à juste raison douter de la capacité du régime à organiser des élections intègres. Ce, d’autant plus que les irrégularités que dessus persistent toujours et aucune solution ne semble avoir été trouvée pour y remédier.

 

JUSTICE POLITIQUE ? Ensuite, de récentes affaires accréditent l’idée d’une justice au solde du pouvoir qui serait très encline à transir l’opposition. La traque des biens supposés mal acquis, présentée comme une demande sociale, a fini par faire plus de victimes que de coupables. Des vingt cinq personnalités citées par le procureur près la CREI en novembre 2012, quatre seulement ont été poursuivies. Pis, l’avocat d’un des principaux coaccusés est nommé ministre de la justice alors que l’affaire était encore en cours d’instruction. Un avocat de la défense qui devient concomitamment patron de la partie civile, le fait est inédit. Il s’en est suivi en plein procès la défénestration du procureur et la démission d’un assesseur. L’ironie atteint son comble quand, dans la nuit du 24 juin 2016, Karim Wade, condamné le 23 mars 2015, est extrait de prison et précipité hors du territoire sans aucune autre décision de justice et dans des conditions qui nous sont encore tout à fait inconnues.

La journaliste Ouleye Mané, l’activiste Guy Marius Sagna, l’artiste Ami Collé Dieng ; les membres du comité directeur du PDS : Samuel Sarr (ex), Me El hadj Amadou Sall, Toussaint Manga, Oumar Sarr, Bara Gaye, ne sont pas en reste. Ils ont tous été poursuivis soit pour des délits d’opinion, soit sur la base de l’article 80 du code pénal sénégalais, entendez offense faite aux institutions et notamment au Chef de l’Etat. A tort ou à raison, la justice Sénégalaise semble donc de plus en plus servir une cause politique, celle du Chef de l’Etat.

 

VIOLATION DU DROIT INTERNATIONAL. En troisième lieu, le Sénégal a foulé au pied toutes les conventions sous régionales et internationales qu’il a ratifiées. D’abord notre justice refuse d’appliquer les décisions rendues par la cour de justice de la CEDEAO dans les affaires Karim Wade et Khalifa Sall. Puis, elle conteste le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies dont le Groupe de Travail sur la Détention Arbitraire, en la date du 20 avril 2015, déclare arbitraire la détention de Karim Wade. Comme si cela ne suffisait pas, le Sénégal va plus loin dans la violation du droit international en désavouant une nouvelle fois le Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies qui, le 24 octobre 2018, annule tout bonnement l’arrêt de la CREI en intimant à nos autorités judiciaires une procédure de révision effective et substantielle de la déclaration de culpabilité de Karim Wade, conformément aux dispositions du paragraphe 5 de l’article 14 du Pacte International relatif aux droits civils et politiques.

Tout se passe alors comme si, du Droit et de la Justice, le Sénégal n’en a cure. Ces multiples violations du droit international mettent à nu une motivation inavouée d’écarter deux candidats qui auraient pu remporter les prochaines élections présidentielles ou tout au moins, mener à un second tour, synonyme de couperet pour le président sortant. Il devient donc ici, tout aussi fort aisé que précédemment, de constater que le processus en cours, en excluant deux représentants légitimes d’une bonne partie de l’électorat sénégalais, ne garantit pas une intégrité électorale. A coup sûr et après la disqualification de vingt candidats sur vingt sept, toutes les parties assez représentatives des aspirations du peuple sénégalais ne participeront pas aux prochaines joutes électorales de 2019, si elles venaient à se tenir. Ce n’est pas juste.

 

ET, LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL VIOLE LA LOI. En quatrième lieu, et c’est le fait le plus grave, le parrainage, érigé en condition sine-qua-non de recevabilité des candidatures aux différentes élections, est, dans son application, illégal. D’une part, la Loi qui le consacre n’a pas fait l’objet de rationalité communicationnelle au sens où l’entend Jürgen Habermas lorsqu’il concilie les approches de Condorcet (logique mécanique) et de Montesquieu (vertu politique) soutenant qu’en démocratie la légalité du droit, pour être légitime, doit faire l’objet de discussions argumentées entre citoyens qui se considèrent mutuellement responsables. Or, dans le cas du vote de ladite Loi instituant le parrainage, il s’est plutôt agit d’absolutisme puisque plusieurs leaders politiques ont été arrêtés par la police le jour même des débats et, les députés de l’opposition ont fini par quitter l’hémicycle, ne prenant pas ainsi part au vote.

D’autre part, nous avons tous été en émoi d’apprendre le 10 décembre 2018 qu’un prétendant à la magistrature suprême a été arrêté pour acte de vandalisme après avoir déchiré une liste établie au conseil constitutionnel plaçant le Président de la République en pôle position pour le dépôt des dossiers de candidature. On dirait un jeu d’enfants mais ça ne l’est point. Car la Loi N° 2018-22 du 04 Juillet 2018 portant révision du code électoral emporte avec elle une tare qui tient au concept de double emploi ou doublon. L’article L.57 du nouveau code électoral stipule en effet qu’un électeur ne peut parrainer qu’un seul candidat ou qu’une seule coalition. Et, dans le cas où le même électeur parraine plusieurs candidats ou coalition, son parrainage ne sera valide que pour la première liste contrôlée selon l’ordre de dépôt. Il ne peut donc y avoir doublon que si une première liste est prise comme référence. Or mathématiquement, le juge constitutionnel ne peut opérer en pareil cas qu’en violation flagrante d’un principe fondamental du Droit à savoir l’égalité des citoyens devant la Loi. On s’en rend bien compte. Le deuxième candidat dans l’ordre de dépôt est désavantagé par rapport au premier, le troisième par rapport aux deux premiers et ainsi de suite jusqu’au 27e, dans le cas présent, qui a été 26 fois désavantagé.

Si l’on se situe en pénologie, la question de savoir la raison pour laquelle le Conseil constitutionnel punit vingt candidats en les disqualifiant pour des délits commis par des tiers se pose tout aussi avec une certaine acuité. La Loi est bien concise à ce propos. L’électeur qui parraine plusieurs candidats encourt une amende et une peine de prison. En invalidant donc toutes ces candidatures, le conseil constitutionnel, d’une certaine manière, condamne des innocents à la place de coupables qui ont effectivement enfreint la Loi et qui ne sont pour le moment ni poursuivis ni condamnés. Quand le juge constitutionnel se base pour ainsi dire sur le simple fait du hasard doublé du vice de l’agencement des candidats sur la liste de dépôt des dossiers à son greffe, il commet en soi un favoritisme, et donc une violation de l’égalité des citoyens devant la Loi. Alors qu’il n’y a en l’espèce aucun fondement légal qui permet de se baser sur une quelconque liste de parrainage, serait-ce celle du Président de la République, pour invalider d’autres candidatures. Il est à préciser ici que, quand bien même le conseil constitutionnel a fondé son action sur une Loi votée et promulguée, il ne pourrait s’en dédouaner puisque la constitution lui confère le rôle de connaitre de la constitutionnalité des lois.

La déclaration universelle des droits de l’homme qui tient en préambule dans la constitution sénégalaise n’est pas un effet de décoration. Bien au contraire, elle incarne à elle seule une Loi supranationale puisqu’énonçant des droits naturels. Et c’est précisément de mon droit naturel, que tout Citoyen peut participer à la formation des lois et juger de leur bien-fondé, que j’use ici. Il aurait été plus juste que le double emploi annule tout bonnement le parrainage pour tous les candidats concernés. Mais en ne procédant pas de la sorte, le juge constitutionnel commet une faute professionnelle lourde et donc grave, voire un déni de justice constituant à tout manquement de l’Etat à son devoir de protection juridictionnelle de l’individu.

A tout point de vue, l’application de cette Loi viole donc le principe de droit le plus élémentaire et le plus fondamental inscrit à l’article 6 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen, partie intégrante de notre constitution. On peut dès lors avouer que le Conseil constitutionnel a violé la Loi dont il est censé veiller au respect et à l’application rigoureuse. A cela vient s’ajouter la délivrance de procès verbaux (PV) aux candidats alors que l’article 24 de la Loi organique N° 2016-23 du 14 juillet 2016 stipule précisément que : « le conseil constitutionnel rend, en toute matière, des décisions motivées ». La messe est dite : les PV délivrés par le conseil constitutionnel ne se fondent sur aucune base légale. Ils n’ont de ce fait aucune valeur juridique.

 

LE REGIME EST TETU. Tout ce qui précède porte à croire que ce régime nous impose un rapport de force. De fait, il a fini de perdre la confiance du peuple quand à sa capacité d’organiser des élections intègres. Or, selon Koffi Annan, lui-même s’exprimant sur l’intégrité électorale, « le succès d’une élection se mesure à l’aune de la confiance que son déroulement et son résultat inspirent à l’opinion. Lorsqu’un scrutin est régulier et transparent, qu’il est organisé dans le respect des droits fondamentaux et avec l’appui actif et impartial des institutions d’État, et que les participants (dirigeants, candidats ou électeurs) y font preuve de responsabilité, il y a de grandes chances que son issue soit pacifique et acceptée par tous ». On voit donc bien pointer ici les graves risques que court le Sénégal. Car, et nous venons de le voir, le processus électoral en cours et les agissements de ses différents responsables sont aux antipodes de cette assertion. En agissant ainsi, le régime tourne le dos à la démocratie lui préférant l’autoritarisme. Le rendez-vous auquel nous sommes conviés le 24 février prochain ne sera qu’un simulacre destiné à parer un régime absolutiste d’attributs démocratiques. Dès lors il ne nous reste qu’une issue : être ou ne pas être à la hauteur.

Afin de nous assurer que l’intégrité électorale des prochaines joutes ne souffre d’aucun doute, tout Sénégalais épris de justice, soucieux de la paix et de la stabilité de notre pays, préoccupé par le futur de nos enfants et de notre jeunesse, a le devoir historique de s’insurger jusqu’à son dernier souffle contre l’injustice dont nous faisons tous l’objet et, de réclamer la réhabilitation des droits civils et politiques de Khalifa Sall et de Karim Wade ; l’annulation du parrainage, le report des élections, la révision du processus électoral et sa charge confiée à une institution indépendante faisant l’objet du plus large consensus possible ; la participation aux prochaines élections de tout Sénégalais âgé d’au moins trente Cinq ans pouvant s’acquitter de la caution et jouissant de ses droits civils et politiques.

Ce n’est pas un appel au soulèvement, loin de moi cette idée, mais une invite à la préservation de nos acquis démocratiques, de la paix et de la stabilité de notre pays. Car, «Lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations (…) marque le dessein de soumettre [les citoyens] au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future ». Si nous refusons un tel sacrifice nous risquons sous très peu de voir l’étincelle mettre le feu à la poudre. Toutefois, nous pouvons nous éviter une si grande fatalité rien qu’en utilisant à bon escient le levier de l’intégrité électorale.

 

Pierre Hamet BA